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Théâtre du Capitole

Adolphe Adam (1803-1856)




L’appel de la scène

Né à Paris en 1803, fils de Jean-Louis Adam, pianiste concertiste et pédagogue réputé (il fut entre autres le professeur de la mère de Charles Gounod), le jeune Adolphe manifeste très tôt des dons rares pour l’improvisation. À 17 ans, il entre au Conservatoire, étudiant l’orgue, le contrepoint et la composition avec l’un des maîtres de l’opéra-comique : Boieldieu. A son contact, il développe rapidement un goût pour le genre lyrique et, plus généralement, pour la scène, qui décide de sa future carrière. Ses débuts sont modestes : pour gagner un peu d’argent, il compose des romances destinées à agrémenter des vaudevilles. Après quelques essais dans des salles mineurs de la capitale, c’est en février 1829 qu’il se fait un nom, avec son opéra-comique Pierre et Catherine. D’une inspiration généreuse et abondante, composant avec une facilité déconcertante, Adam profite de ce succès pour enchaîner les commandes. Peu de titres nous sont aujourd’hui familiers, mais Le Chalet (1834) fut un triomphe durable, de même que ce fameux Postillon de Lonjumeau (1836) ou encore Le Toréador (1849) et Si j’étais roi (1852). L’Europe se l’arrache et il voyage dans toutes les capitales lyriques du moment, Londres, Berlin, Saint-Pétersbourg.

Adam et le ballet Outre une quarantaine d’opéras-comiques, Adam laisse également une grande quantité de musiques de ballet. Si Giselle (1841) et Le Corsaire (1856) ont aujourd’hui occulté les autres titres, la plupart furent, à l’époque, de véritables triomphes. Pour mémoire, en voici les principaux, dans l’ordre chronologique : La Chatte blanche (1830), Faust (1833), La Fille du Danube (1836), Les Mohicans (1837, première commande de l’Opéra de Paris), L’Écumeur des mers (1840, pour Saint-Pétersbourg), La Jolie Fille de Gand (1842), Le Diable à quatre (1845), La Fille de marbre (1845), Griseldis ou les Cinq Sens (1848), La Filleule des fées (1849) et Orfa (1852).

Giselle  : un bijou poétique, musical et chorégraphique (Tchaïkovski)
Si Giselle marque un tournant dans l’histoire de la musique de ballet, c’est – outre la qualité mélodique et harmonique de la partition, éblouissante de bout en bout –, c’est avant tout parce qu’Adam, pour la toute première fois, y utilise le système que Wagner est en train d’imposer, certes dans une tout autre mesure, à l’opéra : le leitmotiv. Giselle est en effet le premier ballet à établir et maintenir une ambiance, une atmosphère, dégageant la partition de son habituel rôle de « fournisseuse de rythmes ». Ce qui singularise également Adam ici, c’est la richesse exceptionnelle de sa veine mélodique, ainsi que son harmonie qui, sous une apparente simplicité, réserve des surprises et se montre d’une redoutable efficacité expressive. Son orchestration, variée, brillante, change de ce à quoi l’auditeur était alors habitué. Sans avoir l’air d’y toucher, Adam raffine à l’extrême, osant même faire danser les Wilis sur des fugues, composant en somme ses ballets comme de véritables poèmes symphoniques. Berlioz n’aura de cesse de le critiquer pour « vulgarité », refusant de voir dans ce mélodiste trop doué le génial musicien qui devait tant influer sur la génération à venir, ouvrant la voie à Léo Delibes (Coppélia, 1870), Édouard Lalo (Namouna, 1882) pour la France, et Tchaïkovski lui-même, qui avouait relire la partition de Giselle avant de se lancer dans la composition d’un nouveau ballet.

Saint-Saëns : « Les Ballets d’Adam sont de purs chefs-d’œuvre »
Pour Saint-Saëns, qui admire la maestria des ballets d’Adam, la raison de ces réussites vient sans aucun doute de l’absence de modèles. A l’opéra, Adam cherchait peut-être à imiter (ou se démarquer de) Rossini, Auber, Hérold, Boieldieu. Ce qui aura pu refréner son inspiration. Au ballet, rien de tout cela. Le chemin était encore vierge, et le génie du compositeur pouvait se donner libre cours. Dans ses Mémoires, Saint-Saëns reviendra sur l’expérience unique qu’avait été pour lui, jeune encore, la découverte de Giselle : « Je l’ai vu, dans ma première jeunesse, alors qu’on l’exécutait avec foi, “avec conviction”. L’effet en était surprenant ; les larmes montaient aux yeux quand Giselle, à la fin, disparaissait peu à peu dans les herbes, sous les yeux de son amant. (…) L’instrumentation en est originale, colorée, merveilleuse. »

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