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Théâtre du Capitole

Roland Petit




Si Roland Petit professait « toujours de la coquetterie pour la dernière vedette mirobolante à la mode », comme le pensait Olivier Merlin, critique au Monde, cette faiblesse était parfois l’une de ses forces. Qui peut se targuer d’avoir conçu un ballet avec Jacques Prévert, Orson Welles, Marius Constant, Jean Tinguely ou Martial Raysse ?

De 1945 à sa mort en 2011, Roland Petit aura travaillé avec de grands musiciens, peintres et couturiers. Le couple Roland Petit-Zizi Jeanmaire a longtemps incarné la « vie parisienne ». De Paris à Hollywood, la fascination pour les célébrités suggère la joie d’un gamin de Paris comblé par le destin. Car la vie de Roland Petit ressemble à un film de Lelouch où le monde artistique et littéraire semble converger naturellement vers le fils des patrons d’une brasserie, au fil d’une déambulation à Clichy : est-ce la réalité, est-ce la légende qu’il a su construire et raconter avec verve dans Roland Petit raconte…les Chemins de la création en 2004 ? L’artiste a été soutenu par ses parents, ses premiers mécènes. Séparée de son mari et désœuvrée, sa mère s’installe dans l’ancien studio de son fils et ouvre une boutique de chaussons : Rose Repetto ignore alors que son nom de jeune fille deviendra une marque de référence.

Elève de l’Ecole de danse de l’Opéra de Paris où il rencontre sa future femme Renée Jeanmaire, Roland Petit est engagé dans le ballet à seize ans en 1940. Son physique élancé est un atout, son caractère entier lui vaudra des brouilles. Sous la houlette de Serge Lifar, il danse un rôle soliste dans La Vie brève en 1943. Déjà, il aspire à l’indépendance. Il fréquente les studios des Russes, y recrutera ses danseurs et après quelques galas salle Pleyel avec Janine Charrat, il trouve en Boris Kochno, ancien secrétaire de Serge Diaghilev, son mentor. Les portes s’ouvrent, il ose et son talent s’épanouit. Henri Sauguet compose Les Forains (1945), son premier succès aux Ballets des Champs-Elysées. Sachant fort bien s’entourer (la journaliste Irène Lidova, le danseur Jean Babilée) et mu par son instinct, il convainc Jean Cocteau, à qui il a été présenté par Kochno, de travailler avec lui : Le Jeune Homme et la Mort sera un triomphe. Admirateur des films de Fred Astaire, le chorégraphe puise aux Etats-Unis des idées qu’il sait adapter avec talent : Mon Truc en plumes (1961), le célébrissime numéro de music-hall conçu pour Zizi Jeanmaire en témoigne.

Entre succès et échecs, peu lui chaut, il avance. Les impératifs des troupes privées, la nécessaire rapidité dans le travail ont souvent donné des sueurs froides à ses collaborateurs. Son audace le pousse à s’engager à créer un ballet pour Margot Fonteyn, puis à convaincre Jean Anouilh et Henri Dutilleux de le suivre dans l’aventure qui aboutira au Loup. N’est-ce pas le dos au mur qu’il excelle ? Il apprécie la narration fondée sur un texte littéraire (Carmen, Chants de Maldoror, Allumez les Étoiles, Le Guépard…), mais humant l’air du temps, il sait choisir la musique pop en 1972, pour Pink Floyd Ballet, œuvre sans argument. Qualifié à juste titre de « maître du pas de deux » par Gérard Mannoni, ce Janus bifrons oscille constamment entre la revue, show éblouissant magnifié par les tenues d’Yves Saint-Laurent imaginées pour sa muse au Casino de Paris et les œuvres plus profondes, telles L’Arlésienne ou Les Intermittences du cœur.

Hormis la direction de ses compagnies, dont le Ballet de Marseille fondé grâce au soutien d’Edmonde Charles-Roux et de Gaston Deferre, Roland Petit a chorégraphié plusieurs films à Hollywood dont Daddy Long Legs. Nommé à la tête du Ballet de l’Opéra de Paris en 1970, il espère abolir la hiérarchie et démissionne trois mois plus tard ; ses virulents propos à l’égard des étoiles ont une couleur misogyne. Mais il sait donner sa chance à de très jeunes danseurs, de Violette Verdy à Luigi Bonino, sans oublier Leslie Caron, Félix Blaska, Denys Ganio ou Jean-Charles Gil.

Entreprenant, Roland Petit semble avoir toujours eu besoin d’être entouré et de l’exprimer. Était-ce par fierté d’avoir su fédérer autant de talents autour de lui ou par appréhension d’être un homme seul, fut-ce un instant ? *

Florence Poudru©

Informations

Fermeture exceptionnelle de la billetterie le 28/06/2018 de 13h à 16h30. Réouverture de 16h30 à 17h45.

Le Théâtre du Capitole recrute :

- Des danseurs et des danseuses (Solistes et Corps de ballet)

- Un tenor 1