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Théâtre du Capitole

Grandeur et Décadence de la ville de Mahagonny


Fable divertissante et édifiante sur le culte de l’argent-Roi et les écueils du plaisir effréné

À la fois Babylone et Las Vegas, Mahagonny est un lieu de plaisir créé de toutes pièces en plein désert par trois criminels poursuivis par la police. La ville-piège a pour seule destination celle de devoir servir d’appât aux chercheurs d’or de la région qui s’y ruineront. Un jour, l’un de ces mécontents échoués à Mahagonny a l’idée, en changeant une interdiction en slogan, de faire de la cité un endroit de débauche où toutes les licences sont permises. Le déclin de Mahagonny et sa précipitation dans le chaos sont inéluctables.

Un an avant L’Opéra de Quat’sous des mêmes Brecht et Weill, on donne devant les curistes de Baden-Baden un songspiel dont les chansons ou songs écrites sur les « sermons domestiques » de Brecht sont autant de rengaines à la tournure faussement didactique, mais surtout corrosive et humoristique. L’opéra en trois actes réalisé à partir de cette version antérieure de Mahagonny franchit un pas de plus dans la ritualisation du message. La « distanciation » gomme tout effet de pathos, ressort pourtant traditionnel à l’opéra.

Ce théâtre divertissant, dénonciateur de la société de consommation, n’est jamais moraliste qu’au second degré. Aucun des airs ne s’apparente à un prêche et aucun manichéisme ne vient présenter un quelconque affrontement d’un parti des mauvais bourgeois et de celui des bons prolétaires. Exploiteurs comme exploités, tout compte fait, chacun en prend pour son grade dans cette farce parodique sur la médiocrité humaine : le proxénétisme, la cupidité, l’alcoolisme sont illustrés sur fond de fluctuations économiques et de références à l’absurde inanité de la société marchande poussée jusqu’à son ultime conséquence.