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23 mars 2010
Christophe Ouvrard, décorateur et costumier de Iolanta


Portrait de Christophe Ouvrard
Christophe Ouvrard se forme à la scénographie et aux costumes à l’Ecole des Beaux-Arts de Bordeaux puis à l’Ecole supérieure d’Art dramatique du Théâtre National de Strasbourg. Parallèlement à son travail pour le théâtre qui l’amène à collaborer entre autres avec Stéphane Braunschweig et Yannis Kokkos, il crée les décors et costumes de nombreux opéras, notamment ceux du Didon et Enée de Purcell mis en scène par Jacques Osinski en 2006 au Festival d’Aix-en-Provence. Aux côtés de Catherine Verheyde, créatrice des lumières de Iolanta, il fait partie de l’équipe artistique du Centre Dramatique National des Alpes à Grenoble dirigé par Jacques Osinski.



Iolanta est pour Jacques Osinski un récit initiatique, un conte, ce qui explique qu’il s’est refusé à adopter un parti pris réaliste. Comment avez-vous traduit ces intentions dans la conception des décors et des costumes de Iolanta ?
En effet, il y a dans Iolanta, cette histoire d’une jeune fille qui en recouvrant la vue s’éveille à l’amour, d’autres niveaux de lecture qui l’assimilent clairement à un conte. En représentant de manière réaliste ce jardin luxuriant et fleuri, on court le risque de passer à côté de la dimension un peu freudienne qui transparaît et à tomber rapidement dans quelque chose de naïf. Pour autant, il nous a paru important de ne pas livrer une interprétation clairement définie, une lecture trop « psychologisante », mais plutôt de faire appel à l’imaginaire du spectateur, à jouer sur les non-dits. Nous avons donc cherché à inscrire Iolanta dans un univers plus abstrait, porteur d’une énigme, par exemple en déréalisant certains éléments ou en travaillant l’uniformité des couleurs. Pour représenter cet univers clos du jardin, notre choix s’est porté sur une grande serre remplie de fleurs blanches. Je vois un parallèle avec un autre conte que Tchaïkovski a mis en musique : dans La Belle au bois dormant, le château est aussi entouré d’une muraille de ronces qui en interdisent l’accès. Ici ce sont les roses qui enserrent et protègent Iolanta à la fois.


L’histoire se déroule en Provence, au XIVe siècle, pourtant vous avez gommé toutes les références au Moyen-Âge.
C’est vrai, car l’univers médiéval, trop éloigné de nous, aurait créé une trop grande distanciation à l’égard du spectateur. En empruntant des éléments au XIXe siècle, époque à laquelle a vécu Tchaïkovski, nous pouvions à la fois jouer sur un décalage temporel tout en situant l’action à une époque qui nous est visuellement plus familière. Cependant, tous les costumes ne sont pas identifiables à cette époque. Certains s’affranchissent de cette référence en s’approchant d’un XIXe siècle épuré, stylisé, d’un aspect plus intemporel et donc moins réaliste. La même transposition a été effectuée pour le personnage d’Ibn Hakia, ce médecin maure que le roi a fait venir pour guérir Iolanta. Nous en avons fait un personnage venu d’Inde ou du Pakistan, vêtu d’un dhotî, ce pantalon large drapé et brodé mais sur lequel il porte une redingote à l’européenne, car on imagine qu’il a du traverser l’Orient et l’Europe. Ce personnage de l’étranger, du voyageur, est porteur d’un exotisme mais aussi d’une énigme que nous n’avons pas cherché à expliciter.


Esquisse pour Iolanta - Christophe Ouvrard Esquisse des décors de Iolanta par Christophe Ouvrard




Quelles sont les références qui vous ont aidé à concevoir l’univers visuel du spectacle ?
Les peintres symbolistes comme Fernand Khnopff ou Maurice Denis, qui proposent des silhouettes fantomatiques, des traits qui s’estompent, m’ont beaucoup inspiré dans la représentation de ce XIXe siècle rêvé. À l’inverse, pour le personnage de Mathilde qui est simplement évoqué dans l’opéra et que nous avons choisi de représenter le temps d’une brève apparition, j’ai pensé aux peintres nabis et à leurs grands aplats de couleurs franches et lumineuses. Avec sa robe fushia et sa chevelure rousse, cette femme aimée de Robert offre un contrepoint à la douceur et à la fragilité de Iolanta, vêtue d’une robe simple et de couleur claire.


Quelles libertés mais aussi quelles contraintes vous ont été posées par la configuration de la Halle aux grains ? Cette configuration est elle selon vous particulièrement appropriée à un opéra intimiste, se déroulant dans un lieu clos, comme Iolanta ?
La Halle aux grains est un lieu magnifique mais très difficile pour un scénographe ! La vision du spectateur y est presque à 360°. C’est un lieu à l’identité forte dont il est difficile de faire abstraction, la moindre lumière révélant une partie de la salle et du public, loin de la boîte noire que l’on peut créer sur la scène d’un théâtre à l’italienne. À travers l’idée de la serre comme élément central, nous sommes arrivés avec une vraie proposition scénographique. En jouant sur les vitrages, leur transparence, leurs reflets, en utilisant des miroirs et un sol blanc réfléchissant, nous avons cherché à intégrer totalement ce lieu plutôt que d’en éviter les contraintes, pour créer un univers propice au magique. La direction d’acteurs de Jacques Osinski prend le relai.

Propos recueillis par Marie-Laure Favier


Iolanta du 26 mars au 4 avril à la Halle aux grains

Informations

NOTA BENE les horaires pour
Le Prophète,

au Théâtre du Capitole
les vendredi 23, mardi 27 et vendredi 30 juin à 19h30

les dimanches 25 juin et 2 juillet 2017 à 15h00