Liens d'évitement



15 janvier 2010
Klaus Florian Vogt

Interprète wagnérien de référence, le ténor allemand Klaus Florian Vogt a fait ses débuts au Théâtre du Capitole pour la création toulousaine du très rare Euryanthe de Weber, donné en version de concert les 22 et 24 janvier derniers à la Halle aux grains.


Klaus Florian Vogt, vous interpréterez le rôle d’Adolar dans Euryanthe. Familier de ce répertoire, mais aussi de l’œuvre de Wagner, vous définiriez-vous comme Heldentenor, c’est-à-dire comme « ténor héroïque » ?

Sans vouloir m’affilier à une terminologie que je trouve quelque peu réductrice, je dirais en effet que je suis un ténor au profil lyrique sachant maîtriser les passages dramatiques. On définit souvent le rôle d’Adolar par ce terme de Heldentenor, mais Adolar a aussi des passages très lyriques en plus de ce qu’on pourrait qualifier de sections héroïques. Mais cette idée de Heldentenor suggère trop souvent que tout ce que l’on chante devrait être fort ou bien dramatique d’un bout à l’autre. Je ne suis pas de cet avis, pas même pour ce qui est de Wagner, car chez Wagner aussi, il y a toujours de grands passages lyriques. L’Adolar d’Euryanthe a bien sûr de grands passages dramatiques, mais d’autres qui doivent être très doux.
D’aucuns regrettent la disparition du profil vocal du Heldentenor. Je ne crois pas que ce type de voix ait disparu ; on en a seulement mal compris le concept. Si un ténor chante continuellement fort, cherche à s’approcher du caractère du baryton, tout en conservant une certaine hauteur du registre, il ne conservera pas sa tessiture. C’est pourquoi on ne trouve plus si souvent de ténors héroïques.


Quel a été jusqu’à présent votre rapport à l’œuvre de Carl Maria von Weber ?

J’ai forgé mon expérience de ce répertoire dans des théâtres de répertoire, tels ceux de Brême et Dresde. Weber est un élément important du répertoire de ces théâtres. Il est souvent perçu par les chanteurs comme un tremplin vers les rôles dramatiques, une transition entre les rôles lyriques et les rôles dramatiques. Ces deux aspects étant présents chez Weber, nous le considérons souvent comme une bonne transition vers Wagner. Vocalement, il y a un rapport évident entre les deux compositeurs. Chez Weber, les phrases sont certes beaucoup plus courtes que chez Wagner et les articulations musicales y sont plus rapprochées. Mais j’utilise la même voix chez Weber et chez Wagner. Du point de vue de l’écriture, je dois quand même dire qu’il est beaucoup plus aisé d’avoir une vision d’ensemble quand on interprète Weber, justement parce que les phrases sont plus courtes.


L’exécution d’Euryanthe à laquelle vous participez prochainement est vraisemblablement la création toulousaine de l’ouvrage. Euryanthe sera donné en version de concert, comme c’est le cas le plus souvent. L’absence d’une dimension scénique permet-elle la pleine expression des chanteurs ?

Une exécution en concert est à mon avis un très bon compromis même si une bonne mise en scène apporte un réel soutien à l’expression. Lors d’une version de concert, on peut se consacrer pleinement à la partition et probablement trouver d’autres modes d’expression. Je me réjouis vraiment de l’invitation qui a été faite par le Théâtre du Capitole car je trouve le public français toujours très enthousiaste. J’ai vécu de très belles soirées lyriques en France, où l’atmosphère semblait imprégnée d’un intérêt passionné. Malgré la complexité de l’intrigue, j’espère que cette Euryanthe recevra un accueil favorable de la part du public.


Propos recueillis par Sofiane Boussahel

Informations