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3 février 2010
Monique Loudières : itinéraire d’une étoile


Giselle inoubliable aussi bien dans la version classique que dans celle de Mats Ek, Monique Loudières est une danseuse éclectique dont la technique raffinée, la grâce immatérielle et les dons de comédienne lui ont permis de s’illustrer aussi bien dans les rôles des grandes héroïnes dramatiques (Juliette, Odette, Kitri…) que dans les œuvres des plus grands chorégraphes actuels, de John Neumeier (qui créa pour elle Sylvia) à Jerome Robbins, Maurice Béjart, Ji ?í Kylián ou Daniel Larrieu.
Après ses adieux à l’Opéra de Paris, où elle était entrée à l’âge de 16 ans, Monique Loudières s’attache à partager son expérience avec les nouvelles générations de danseurs mais ne s’arrête pas de danser pour autant. Elle est Desdémone aux côtés de Kader Belarbi dans La Pavane du Maure de José Limón.

Monique Loudières et Kader Belarbi - La Pavane du Maure Monique Loudières et Kader Belarbi dans La Pavane du Maure de José Limón (Crédit : David Herrero)


Monique Loudières, quelles ont été les rencontres qui vous ont le plus marquée ?

Tout d’abord, mon maître Yves Brieux qui m’a suivie de 13 à 26 ans. C’est auprès de lui que je venais chercher des conseils, approfondir le travail personnel, entrer dans le détail. C’est lui qui m’a donné le sens du théâtre, de la scène, l’idée de la projection. Pierre Lacotte ensuite, puis Violette Verdy qui a toujours cru en moi. Cette grande pédagogue reste très présente dans ma mémoire et m’inspire souvent dans ma manière d’enseigner. Je n’oublie pas Rudolf Noureev, qui m’a découverte lorsque j’étais dans le corps de ballet, m’a donné mes premiers rôles, puis m’a fait gagner mes galons d’Étoile. George Balanchine et Jerome Robbins ont énormément contribué à développer mon sens de la musicalité, de la liberté et de la respiration du mouvement.
Parmi les chorégraphes actuels, Ji ?í Kylián, Mats Ek et John Neumeier m’ont beaucoup marquée. Après eux, je n’ai plus dansé de la même manière. J’ai retrouvé des élans instinctifs, plus centrés, plus authentiques. Grâce à eux, j’ai pu enrichir mes rôles classiques, les redécouvrir.
Ma vision de la danse a aussi évolué grâce à la rencontre de certains chorégraphes contemporains : Neumeier et son sens aigu du théâtre, du mystère, de la poésie ; propose une danse pure, sobre, fluide, profondément humaine de Kylián ; Mats Ek et sa force primitive, d’une grande intégrité… J’ai senti combien ces techniques pouvaient être complémentaires et enrichissantes dans ma recherche.


M.Loudières et K.Belarbi dans Giselle de Mats Ek Monique Loudières et Kader Belarbi dans Giselle de Mats Ek (Crédit : droits réservés)


Étoile de l’Opéra de Paris où vous êtes entrée à l’âge de 16 ans, vous avez quitté la scène parisienne en 1996. À votre départ de l’Opéra, comment avez-vous envisagé votre reconversion ?

Ma reconversion n’a ni été trop difficile ni trop douloureuse pour moi car je m’y suis préparée assez tôt. J’ai toujours tenté de trouver un juste équilibre entre vie professionnelle et vie familiale – j’ai un mari, deux filles – et je crois y être parvenue. J’ai besoin que ma vie personnelle, familiale nourrisse mes rôles, ma vie artistique.
L’Opéra de Paris est un établissement très protégé ce qui a indéniablement un côté rassurant mais donne aussi parfois envie de se mettre en danger, de prendre plus de risques pour continuer à évoluer, se dépasser, faire de nouvelles rencontres…
Très tôt, j’ai eu envie de vivre autre chose, de m’intéresser à d’autres domaines que la danse. J’ai toujours eu, par exemple, un goût très prononcé pour le théâtre qui m’a permis de nourrir mes interprétations de rôles dramatiques.
L’envie, le besoin, et le devoir de transmettre ce que j’avais appris tout au long de ma carrière, m’ont également poussé à enseigner la danse dès l’âge de trente ans. Avec le recul, je crois avoir réalisé à peu près tout ce que je désirais. Je me sens sereine, épanouie.


Même si vous ne dansez plus les grands rôles du répertoire classique, vous continuez cependant à danser. Récemment, vous avez été l’interprète d’une pièce de la compagnie Castafiore avant de vous produire à Toulouse dans La Pavane du Maure de José Limón. Est-il difficile pour un danseur classique d’aborder ce type de pièce plus contemporaine ? Ces pièces requièrent-elles des qualités, des aptitudes que l’on ne sollicite pas en danse classique ?

Oui, bien sûr, si on a envie d’aborder un répertoire large, on doit savoir s’adapter. La danse contemporaine demande plus de disponibilité dans le corps, de liberté dans les articulations. Il y a aussi une histoire de poids. La danse classique demande souvent à ce que l’on tende vers le haut, vers le ciel, alors que la danse « contemporaine » demande que l’on s’ancre dans le sol, dans la terre.
Pour ma part, j’ai une base classique enrichie par l’esprit balanchinien, car j’ai beaucoup dansé Balanchine ; mais j’ai aussi, grâce à mon parcours, quelques connaissances des techniques Taylor, Graham et Cunningham qui représentent la modern dance américaine. D’ailleurs, lorsque j’ai succédé à Rosella Hightower à la direction de l’Ecole de Danse de Cannes, j’ai réalisé combien la synergie de ces enseignements permettait une évolution idéale dans l’apprentissage de la danse.

Monique Loudière - La Pavane du Maure (José Limon) Monique Loudières dans La Pavane du Maure de José Limón (Crédit : David Herrero)


La Pavane du Maure de José Limón, dans laquelle vous interprétez le rôle de Desdémone, est une pièce très particulière, car elle utilise la technique de la modern dance tout en étant une pièce très théâtrale qui est d’ailleurs adaptée de l’Othello de Shakespeare. Il faut être autant acteur que danseur pour l’interpréter. Que vous inspire ce type de répertoire ?

C’est une pièce délicate, subtile, très concentrée. Elle demande une grande écoute des quatre personnages. Le regard y est très important, les mains aussi. Le jeu doit être suggéré, les gestes mesurés. J’y interprète le rôle de Desdémone qui, selon moi, est l’archétype de l’amour absolu qui dépasse la trahison. Elle a une grande force intérieure. Jusqu’au bout, elle va essayer de convaincre Othello qu’elle ne l’a pas trompé. Elle garde son intégrité et sa transparence.
Au cours de ma carrière, j’ai souvent interprété des héroïnes à l’amour absolu, pures, authentiques, qui ont des idéaux haut placés : Juliette, Giselle, Tatiana dans Onéguine de Cranko… J’y laisse un petit peu de moi-même, c’est une petite mort … mais qui fait grandir !


Propos recueillis par Carole Teulet

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