Liens d'évitement



22 septembre 2010
Deux ballets à l’inépuisable vitalité


Nés de la collaboration d’Igor Stravinski avec les Ballets russes de Serge de Diaghilev, L’Oiseau de feu et Le Sacre du printemps sont deux volets d’un triptyque qui comprend aussi Petrouchka. Même si elles ont reçu en leur temps un accueil fort dissemblable, entre dithyrambe et scandale, les deux œuvres se rejoignent aujourd’hui dans leur formidable postérité.

À Paris, au lendemain du 19 mai 1909, date du premier spectacle des Ballets russes hors de chez eux, le public comme la presse ne tarissent pas d’éloges sur ce qu’ils ont vu la veille au Châtelet. Avec Le Pavillon d’Armide, Les Danses polovstiennes du Prince Igor et Le Festin, le public parisien découvre un art de la danse et du spectacle qu’il ne soupçonnait pas : les décors sont de véritables œuvres d’art exécutées par les plus talentueux peintres russes, les costumes opulents sont faits des étoffes les plus précieuses donnant à la scène des allures de caravansérails des routes de la soie, et les danseurs sont exceptionnels, surtout les deux joyaux du Mariinski, Anna Pavlova et Vaslav Nijinski. Le triomphe est tel que le public ne veut pas quitter le théâtre… Paris venait d’entendre « un coup de revolver dans la glace » et l’écho en retentit encore pendant près de vingt ans.

JPEG - 73.6 ko
L’Oiseau de feu - P.Nin

Un an après seulement, le 25 juin 1910, au Palais Garnier cette fois, c’est la première de L’Oiseau de feu de Fokine. Le ballet est encensé. Le public parisien y trouve apparemment ce qu’il attend : une histoire romantique à souhait où le Bien triomphe du Mal, une Russie de légende, une symphonie de couleurs - musicales, dans la musique de Stravinski, et visuelles dans le luxe tout oriental des décors et des costumes d’Alexandre Golovine et Léon Bakst – une chorégraphie lisible pour tous et une partition de génie.

Souvent remanié, L’Oiseau de feu fut par la suite chorégraphié par Serge Lifar, George Balanchine ou encore Maurice Béjart. Pour le centième anniversaire de la création de l’ouvrage, le Théâtre du Capitole a décidé d’ouvrir sa saison chorégraphique avec la version créée par Michel Rahn pour le Ballet du Capitole et qui a recours à un vocabulaire classique. Quant aux superbes décors et costumes du plasticien Jean-Paul Marcheschi, réalisés avec des matériaux issus du feu et de la combustion, ils renouent, de la façon la plus improbable qui soit, avec les contes populaires russes qui ont inspiré Fokine lors de la création.

Le Sacre du printemps, ballet qui sera présenté en deuxième partie de soirée, a en commun avec L’Oiseau de feu d’avoir défrayé la chronique, mais cette fois sur un mode polémique. Le soir du 29 mai 1913, il déchaîna tellement les passions qu’il fut même qualifié par un journaliste excédé de « massacre du printemps ». Et pourtant, presque cent ans plus tard, la géniale partition de Stravinski a inspiré pas moins de deux cent cinquante versions, relectures et adaptations du Sacre de Nijinski.

JPEG - 45.1 ko
Le Sacre du printemps - Photo : Patrice Nin

Parmi elles, c’est celle du chorégraphe argentin, Mauricio Wainrot, qu’a choisie de présenter le Ballet du Capitole. Comme dans le ballet initial, cette version figure le rite païen et chamanique d’une jeune vierge dansant jusqu’à la mort afin que le printemps éclose et que le cycle des saisons se renouvelle. Mauricio Wainrot s’appuie sur la partition de Stravinski, sur ses ruptures de rythmes, ses stridences déroutantes pour écrire une œuvre sensuelle et barbare, où les danseurs semblent livrés aux forces telluriques qui rythment les pulsions de la nature à l’éveil du printemps.


Carole Teulet


Conférence
Deux chefs-d’œuvres de Stravinski pour les Ballets russes : L’Oiseau de feu et Le Sacre du printemps par Carole Teulet, dramaturge
6 octobre à 18h, Salle du Sénéchal


Retour

Informations