Liens d'évitement



26 décembre 2010
Imaginer le Pays des merveilles...



Quoi de mieux que deux décorateurs et costumiers britanniques pour mettre à la scène l’un des chefs d’œuvre de la littérature anglaise, Les Aventures d’Alice au Pays des Merveilles de Lewis Carroll ? S’inspirant autant de leurs propres souvenirs que de l’œuvre de Jonh Tenniel, très présente dans l’imaginaire collective, l’Écossais Charles Cusick Smith et l’Anglais Phil Daniels réinventent pour le plus grand plaisir des spectateurs de tous les âges un univers extravagant et des personnages hauts-en-couleurs dans la création de Michel Rahn pour le Ballet du Capitole, à l’affiche pour les fêtes à la Halle aux grains.



Comme tous les enfants britanniques, l’ouvrage de Lewis Carroll a du bercer votre enfance. Aussi, cela n’a-t-il pas été difficile de se détacher des illustrations originales de John Tenniel ainsi que de ces souvenirs d’enfance ?
L’histoire d’Alice est présente dans toutes les enfances, quelles qu’elles soient. Pour la grande majorité des enfants, sûrement qu’Alice, c’est avant tout le dessin animé de Walt Disney avant d’être le conte de l’Anglais Lewis Carroll. La langue de Lewis Carroll dans Alice est complexe car les personnages jouent sans cesse avec la langue anglaise, pratiquent les jeux de mots, posent des devinettes… Au Pays des Merveilles, Alice semble être la seule personne sensée qui donne du sens au non-sens des actions et des discours des adultes.
Les illustrations originales de John Tenniel sont des interprétations inégalées du texte de Carroll et, s’il faut en croire ce dernier, les plus réussies. Ces illustrations, nous en avons tenu compte comme point de départ – c’était difficile de faire autrement car Lewis Carroll les voulait ainsi. Il a entièrement validé le travail de John Tenniel en vue de la publication de l’ouvrage – puis nous avons re-imaginé les costumes et les décors du ballet dans un style similaire. Phil a conçu les décors dans le style, mais sans copier les originaux. Nous avons apporté notre touche personnelle à la création des décors et costumes d’Alice, dans un style victorien qui était celui de l’époque de Lewis Carroll et de la vraie Alice.


Des centaines et des centaines d’illustrateurs, même des peintres reconnus – notamment à Salvador Dalí – ont été inspirés par Alice et ont voulu illustrer l’ouvrage de Lewis Carroll, sûrement en raison du puissant « surréalisme » que l’œuvre suggère. Avez-vous été inspiré par certains illustrateurs, autres que Tenniel ? Ou aviez-vous dès le début une idée précise de ce que vous vouliez créer ?
Nous avons commencé par visiter Oxford pour repérer les endroits qui avaient inspiré Lewis Carroll dans la rédaction d’Alice puis nous avons fait des recherches très détaillées sur la période victorienne. Nous avons rencontré le chorégraphe Michel Rahn et nous avons travaillé en étroite collaboration avec lui de manière à faire concorder nos visions d’Alice. Nous nous sommes aussi beaucoup intéressés aux jouets d’enfants, aux jeux et jeux de sociétés de l’époque. Nous voulions dépeindre l’Angleterre victorienne telle qu’elle était réellement mais tout en apportant au tableau quelques petites touches personnelles d’imagination. Les cartes à jouer que l’on verra à la cour de la Reine de Cœur, par exemple, sont l’exacte réplique d’un jeu de cartes victorien manufacturé à la même époque que celle de la rédaction d’Alice.
Nous nous sommes également intéressés au manuscrit de Lewis Carroll qui est illustré de petits dessins de sa main et qu’il offrit à Alice Liddell, la vraie Alice. Si vous regardez le décor avec attention, vous remarquerez que le manuscrit de Lewis Carroll en fait partie.



Alice au pays des merveilles

Photo : David Herrero



Quelles sont les difficultés techniques que vous avez rencontrées pour la réalisation des décors d’Alice ? Ces décors sont prévus pour un ballet, aussi pas de possibilité de retours en arrière, d’anticipation, d’effets spéciaux comme pour des décors de cinéma. Cependant, les décors doivent suggérer beaucoup au public car la géographie est omniprésente et dense dans Alice. Comment vous y êtes vous pris pour rester lisible et compréhensible ?
Notre but a été de stimuler l’imagination du public. Il y a de nombreuses surprises que je ne veux pas dévoiler. La plus grande difficulté a été de concevoir la production pour la Halle aux Grains qui ne possède aucune des techniques de « sorcellerie » (celles qui permettent de faire disparaître et apparaître décors, personnages…) présentes au Capitole. Toute la magie a donc dû être intégrée dans les décors eux-mêmes.


Pour ce qui est des costumes, la difficulté a dû être identique. Si l’on veut que le public identifie clairement les personnages de l’ouvrage, les costumes doivent être proches des originaux imaginés par Tenniel pour les illustrations du conte de Carroll. Cependant, cette fois, il ne s’agit plus d’illustrations mais de costumes pour la danse. Comment avez-vous résolu cette apparente contradiction ?
J’ai repris l’esprit des personnages et les ai re-imaginés pour la danse. Sans être copiés sur les originaux, je pense que tout le monde identifiera facilement les personnages d’Alice. Lors des premiers essayages des costumes, ce fut très excitant de voir les danseurs se transformer en personnages d’Alice. Le ballet de Michel Rahn est un ballet plein d’imagination, de couleurs et un merveilleux projet sur lequel nous avons travaillé.


Propos recueillis par Carole Teulet


Alice au pays des merveilles, du 23 au 26 décembre à la Halle aux grains
Tarif : de 8 à 50 €


Retour à la Lettre du Capitole


Les roses et les cartes

Photo : David Herrero