Liens d'évitement



10 décembre 2010
L’Homme de la Mancha, un hommage à la puissance de l’imagination



« Rêver un impossible rêve », telle est la quête à laquelle nous convie Don Quichotte. Le Théâtre du Capitole présente en cette fin d’année 2010 L’Homme de la Mancha dans la version française de Jacques Brel, qui joue du parallèle entre la vie de l’indomptable Cervantés et de son célèbre héros. Autour de Jean-Louis Grinda, qui avait déjà signé les mises en scène de La Chauve-Souris et de La Périchole, les Toulousains retrouveront Marie-Ange Todorovitch (Aldonza / Dulcinea), Nicolas Cavallier (Cervantés / Don Quichotte) et Rodolphe Briand (Sancho Pança).


En suggérant un parallèle entre la vie de Cervantés et les aventures de son Chevalier à la triste figure, L’Homme de la Mancha se distingue des nombreuses autres versions du mythe de Don Quichotte, comme celle de l’opéra éponyme de Massenet. Fasciner par « l’ombre qui se profile derrière l’œuvre », Dale Wasserman prête autant d’attention au héros qu’à son créateur, qui mena une vie romanesque pourtant étonnamment méconnue aujourd’hui, si ce n’est qu’il fut emprisonné à plusieurs reprises, faillit être vendu comme esclave, perdit au combat l’usage d’une main promise au bourreau, fut excommunié, connut un mariage raté et eut une fille illégitime ! « L’Homme de la Mancha est tout simplement un hommage personnel à l’âme personnelle, indomptable de Miguel de Cervantés, l’homme qui était Don Quichotte ».

L’histoire se passe en Espagne à la fin du XVIe siècle, dans la prison où est retenu Cervantés. En attendant le tribunal de l’Inquisition, l’écrivain est jugé par ses compagnons de cellule et il décide, pour présenter sa défense, de jouer un divertissement : il sera Alonzo Quijana, un hobereau de campagne qui, fasciné par les lectures qu’il fait, décide de défier « l’abominable monde ». Cette mise en abyme du théâtre présente quelques épisodes de la quête de Don Quichotte, notamment la fameuse scène des moulins à vent que le héros prend pour des géants. Récit épique d’une quête impossible, cette comédie musicale est aussi un hommage à la puissance de l’imagination : alors que tous sont emprisonnés, les détenus réussissent à s’enfuir mentalement de ce cachot et à s’imaginer mener leur propre quête. Cervantés, qui joue le rôle de Don Quichotte, parvient, par la force de son imagination, à recréer un monde, son monde. Le langage rompt sa parenté avec le réel, les mots sont déconnectés des choses. Variation sur le mythe du chevalier errant, L’Homme de la Mancha mêle rêves et réalité, désirs et impossibilité de les réaliser.

Née de la collaboration de Mitch Leigh, compositeur, et de Joe Darion, qui écrit les lyrics à partir du livret de Dale Wasserman, cette comédie musicale est créée en 1965 et rencontre rapidement un immense succès. Elle est présentée au Théâtre du Capitole dans l’adaptation française du livret et des paroles de Jacques Brel, qui interprétait lui-même le rôle de Don Quichotte lors d’une série de représentations triomphales au Théâtre de la Monnaie de Bruxelles puis au Théâtre des Champs-Élysées à Paris. L’œuvre est ensuite donnée de nouveau en 1998 à Liège avec José Van Dam dans le rôle-titre. C’est dire si cette comédie musicale nécessite des voix travaillées, permettant de trouver un bon équilibre avec l’orchestre. Les airs chantés, qui alternent avec des dialogues parlés, doivent être parfois déclamés et ce sont alors la justesse de l’interprétation, l’impression de naturel et de spontanéité qui priment. L’exigence théâtrale dépasse l’exigence purement technique et rend cette partition plus complexe qu’elle n’y paraît. Familiers de la scène du Théâtre du Capitole, Marie-Ange Todorovitch et Nicolas Cavalier font leurs débuts dans les rôles d’Aldonza, la prostituée au langage grossier dont est épris le héros, et de Don Quichotte, le chevalier errant de la Mancha. Rodolphe Briand reprend le rôle de Sancho Pança qu’il tenait en 1998 aux côtés de José Van Dam (Lire l’interview de Rodolphe Briand).

La mise en scène de L’Homme de la Mancha est confiée à Jean-Louis Grinda, à l’origine de la reprise de cette comédie musicale en 1998 à l’Opéra Royal de Wallonie. Il élabore une dramaturgie centrée autour du huis clos, dans le contexte de l’Inquisition espagnole : l’œuvre suggère selon lui un parallèle entre l’enfermement physique de Cervantés et l’enfermement dans la folie du personnage de son roman, Don Quichotte. Ce récit de l’enfermement ouvre cependant sur un double rêve : rêve de Don Quichotte qui se prend pour le Chevalier à la triste figure, et rêve théâtral qui permet d’échapper au « pauvre monde, insupportable monde » et de tenter d’atteindre « l’inaccessible étoile ». Récit d’une quête impossible et d’un rêve permettant d’échapper à l’enfermement se mêlent dans cet hommage à la puissance de l’art qui parvient à transfigurer le réel.


L’Homme de la Mancha, du 12 au 19 décembre au Théâtre du Capitole
Tarif : de 10 à 60 €


Retour au sommaire des actualités

Informations

NOTA BENE les horaires pour
Le Prophète,

au Théâtre du Capitole
les vendredi 23, mardi 27 et vendredi 30 juin à 19h30

les dimanches 25 juin et 2 juillet 2017 à 15h00