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18 mars 2011
Le Barbier de Séville, la quintessence de l’opera buffa



Le Barbier de Séville demeure l’un des opéras les plus affichés au monde et continue d’attirer un public nombreux. L’intrigue est plaisante, habile, et les airs de Figaro, Basile, Rosina, sont entrés dans la mémoire collective. Le chef d’orchestre italien Gianluigi Gelmetti dirigera l’Orchestre national du Capitole. Deux distributions de chanteurs s’emploieront à faire miroiter les multiples facettes de cet ouvrage-phare du répertoire lyrique.


Né il y a près de deux siècles, en 1816 exactement, porté sur les fonts baptismaux par deux génies : Beaumarchais (via le librettiste Cesare Sterbini) et Rossini, ce chef d’oeuvre du melodramma buffo a subi au cours de sa longue et fantastique carrière, et malgré un début plus qu’hésitant, bien des avanies. Il faut attendre l’édition critique qu’en fera Alberto Zedda dans les années 80 du siècle dernier, pour commencer à percevoir, non seulement la filiation mozartienne de cet ouvrage, mais également toute la lumineuse clarté d’une partition et d’un chant qu’une certaine tradition avait défigurés et réduits à leur plus simple expression.

Une renaissance du chant italien alors en vogue dans l’Italie musicale des débuts du XIXe siècle semble amorcée depuis une trentaine d’années. Pourquoi « renaissance » ? La réponse est plus compliquée à formuler que la question. Si les paradigmes d’interprétation en ces temps qui virent la création de l’oeuvre et les années immédiates qui suivirent, sont assez flous, malgré les écrits de Stendhal, à prendre toujours avec circonspection, une certitude est relativement incontestable : les années de mal canto qui, globalement, sévissent dans toute la première moitié du XXe siècle, ont été fatales au Barbier et à Rossini en général. Sans être pour autant en cause, le chant wagnérien et l’école vériste sont passés par là. Même Verdi va en pâtir.

La vérité des origines est le but avoué de ces chercheurs qui en tout domaine, loin des projecteurs, oeuvrent avec constance et en dehors de toute pression, si ce n’est celle de l’authenticité. Alberto Zedda et Rodolfo Celletti sont de ceux-là. C’est à eux ainsi qu’à une poignée d’opiniâtres musiciens, dont le chef d’orchestre Vittorio Gui, que nous devons aujourd’hui de ne plus avoir à supporter des rossignols suraigus pour chanter la Rosina écrite par Rossini pour un contraltino (voix entre contralto clair et mezzo soprano léger), d’avoir en lieu et place d’un tenor di grazia pour chanter Almaviva le baryténor (ténor à l’aigu percutant, virtuose dans la vocalise, au registre grave flexible et avantageux), viril et souple dans sa ligne de chant selon les souhaits du compositeur. Quant à Figaro, c’est un autre problème car au début du XIXe siècle, les barytons… n’existaient pas ! Gageons qu’un ténor puissant et généreux dans son médium, paré de belles couleurs chaudes et rutilantes dans son timbre, particulièrement souple dans son émission, correspondrait, peut-être, à l’original. Saluons aujourd’hui comme il convient les théâtres lyriques qui donnent à cet opéra tout l’éclat et la subtilité de ses origines.


Robert Pénavayre


[ Le Barbier de Séville ]]->499], du 18 au 27 mars au Théâtre du Capitole ; tarif de 10 à 100 euros
Distribution Jeunes talents les 19, 23 et 26 mars ; tarif de 10 à 60 euros

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