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16 avril 2012
Claus Peter Flor : « Ne pas se laisser déborder par l’aspect émotionnel de son art »


Le chef d’orchestre Claus Peter Flor, directeur de l’Orchestre philharmonique de Malaysie depuis 2008, phalange réunissant des musiciens venus des quatre coins du monde, est connu du public du Théâtre du Capitole en tant que chef mozartien. Aux côtés du romantisme et du postromantisme allemands, de Weber et Mendelssohn à Bruckner et Strauss, en passant par Wagner, les compositeurs italiens Puccini et Verdi sont également parties intégrantes de son répertoire.


Vous êtes un chef mozartien que l’on associe souvent également au romantisme allemand. Quelle est l’importance de Puccini dans votre parcours ?
Tous les Italiens sont importants pour un chef d’orchestre. Je me réjouis toujours de diriger Verdi et Puccini. En fait, je ne connais aucun chef pour qui l’opéra italien n’est pas important. Dans ma formation, la musique italienne a été aussi importante que la musique allemande car, en réalité, vous ne pouvez pas séparer la musique allemande de la musique italienne. Toute la musique allemande, en particulier l’opéra et le répertoire vocal en général, vient historiquement de la musique italienne avant d’essaimer dans différentes formes.
De toute évidence, Mozart vient lui aussi d’Italie, comme Meyerbeer, qui est plus italien qu’allemand dans son style, Wagner, dont les premières oeuvres sont nées d’une influence italienne, Haendel, qui est anglais et italien, Bach, qui est allemand et italien. L’Italie est partout dans la musique. Mais Puccini impose un défi particulier : en tant que un champion de l’instrumentation, il donne aux chefs la possibilité de peindre avec les timbres. Aussi, je n’ai jamais pu considérer Puccini comme un compositeur secondaire. Son art naît de la tradition de la fin du XIXe siècle, mais on peut dire que son écriture est une écriture italienne du début du XXe siècle.

Quels sont les points essentiels dont doit tenir compte un chef d’orchestre dirigeant Puccini ? Il ne faut pas que le son soit trop « gras », et surtout veiller à ce que le con brio italien soit constamment présent. Puccini est un compositeur du geste, et pas seulement de grands gestes comme on le croit trop souvent, mais aussi et surtout de petits gestes. Jouer con brio exclut d’emblée l’excès de rubato, c’est-à-dire de relâchement expressif du tempo. En outre, les timbres et les nuances doivent laisser s’exprimer les contenus du livret. Si par jeu con brio, on comprend qu’il faut jouer fort et lourd, alors on n’est plus de l’opéra italien. Enfin, si Puccini a écrit une musique très touchante, et c’est le cas en particulier dans Madame Butterfly, il ne faut pas que l’interprète se laisse déborder par l’aspect émotionnel de son art. Ressentir l’émotion, cela doit rester l’affaire du spectateur. Il existe une recette assez efficace, dont je fais assez souvent usage auprès des solistes et musiciens : c’est le public qui doit pleurer. Si les interprètes commencent à pleurer eux aussi, ils passent à côté de l’esprit de l’oeuvre.

Propos recueillis par Sofiane Boussahel


Madame Butterfly, direction musicale : Claus Peter Flor, mise en scène : Nicolas Joel, du 13 au 24 avril à la Halle aux grains
Tarif : de 10 à 86€


Photo : Shawn Northcutt

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