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10 février 2012
Le triomphe de la vertu

L’Empereur trahi gracie les parjures, les sentiments nobles triomphent. Avec La Clémence de Titus, opera seria au contenu politique sur un livret d’après Métastase, Mozart porte l’esthétique et la pensée des Lumières à la scène. Ce spectacle sera mis en scène par David McVicar et dirigé par David Syrus.


Loin de La Flûte enchantée et de la trilogie italienne écrite avec Da Ponte, dans La Clémence de Titus, Mozart parachève un style : celui de l’opera seria. Sans doute cet ouvrage annonce-t-il aussi l’opéra politique à venir, de la Lodoïska de Cherubini au Fidelio de Beethoven. L’accueil de cette oeuvre de circonstance destinée à célébrer le couronnement en tant que roi de Bohême de Léopold II, successeur de Joseph II à la tête du Saint- Empire, est d’abord mitigé. La dernière, se produisant le même soir que la première de La Flûte à Vienne, est pourtant un triomphe. Douze semaines après la création en septembre 1791, au Théâtre national de Prague, le compositeur trouvera la mort. Bien que l’ouvrage ait été l’un des opéras les plus populaires de Mozart jusqu’en 1830 – grâce en partie à l’entremise de sa veuve Constanze –, il passe jusqu’au milieu du XXe siècle pour un opéra peu intéressant et composite.

Opera seria aux airs somptueux , La Clémence de Titus est ancré dans son époque, la fin du XVIe siècle, où la grandeur morale, la profondeur et la vraisemblance des sentiments humains supplantent l’ancienne esthétique du baroque tardif et son goût des archétypes. Nous ne sommes pas chez Haendel : la tradition de l’opera seria a connu entre-temps la réforme gluckiste qui lui a imposé plus d’orchestre, plus de continuité dramatique, davantage d’intégration des choeurs et des ensembles. Notons le recours aux trios pour exprimer la simultanéité des sentiments divergents, de splendides moments orchestraux, des larghettos célestes dépeignant un climat empreint de grandeur austère, mais aussi l’importance des bois soulignée par de nombreux solos. Le livret est une remise au goût du jour d’un texte rédigé environ un demi- siècle plus tôt par Pietro Metastasio (en français Métastase), grand pourvoyeur de livrets d’opere serie. Celui de La Clémence de Titus, dans lequel on perçoit l’influence de sources latines mais aussi celle probable de la tragédie française (notamment Cinna ou La Clémence d’Auguste de Corneille), a inspiré une quarantaine d’opéras, entre autres de Gluck, Caldara et Hasse.

Complot à la tête de l’État dans la Rome impériale. Tel pourrait être le résumé de l’intrigue. Vitellia, la prima donna, jure de venger son père Vitellius auquel Titus a ravi le pouvoir impérial. Se jouant de Sextus, un ami de Titus, Vitellia se promet à lui s’il fait disparaître l’Empereur. Ne sachant pas que Titus se propose de l’épouser, Vitellia charge Sextus de mettre le feu au Capitole et d’assassiner l’Empereur. Bien qu’on le croie mort à la fin du Ier acte, il n’en est rien. Sextus s’enfuit et se voit condamné mais Titus déchire l’arrêt de mort. Apprenant la responsabilité de Vitellia, il pardonne aux conspirateurs repentis. Avec un tel dénouement, l’assimilation de la figure de Titus à celle du « despote éclairé » du Siècle des Lumières est tentante.

Sofiane Boussahel


La Clémence de Titus, du 9 au 20 mars au Théâtre du Capitole
Tarif : de 10 à 100€

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