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24 décembre 2011
Le Trouvère, un opéra épique



Vaste fresque riche en rebondissements, aux nombreux moments d’incandescence vocale, Le Trouvère revient à l’affiche dans une coproduction mise en scène par Gilbert Deflo. Le grand chef israélien Daniel Oren en assure la direction musicale tandis que deux distributions de chanteurs alternent sur la scène du Théâtre du Capitole.


Cette oeuvre de la trilogia romantica, née comme Rigoletto et La traviata à mi-parcours de l’évolution artistique de Giuseppe Verdi (1813-1901), est un chef-d’œuvre de l’opéra romantique italien. Les airs fameux y abondent, mettant à l’honneur un quatuor occupant le haut de l’affiche. Obsédée par le désir de venger sa mère et son amour pour l’enfant volé qu’elle a élevé, la vieille gitane détient une position si centrale dans la dramaturgie que Verdi a bien failli appeler son opéra Azucena. Dans Le Trouvère, opéra en quatre parties, la trame dramatique, empruntée à une pièce de théâtre espagnole du XIXe siècle d’Antonio García Gutiérrez, renvoie à l’enthousiasme tout romantique pour le monde médiéval, le foisonnement scénique, les actions théâtrales incrustées d’épisodes de récits et d’emprunts au style épique.


La narration est une dimension essentielle du Trouvère. Dès l’introduction de la première partie, à travers la voix de Ferrando, puis immédiatement après, dans la Scène et cavatine, à travers celle de Leonora, des faits antérieurs à l’action en train de se dérouler sont narrés par les personnages de l’opéra. Car une faute originelle prédestine les protagonistes à la malédiction : le père du Comte de Luna a autrefois accusé la mère d’Azucena de sorcellerie et l’a condamnée au bûcher. Voulant plonger l’un des deux fils du Comte dans les flammes qui dévoraient sa mère, Azucena a immolé, par mégarde, son propre enfant mais a emmené, pour se venger, l’un des deux fils du Comte, qu’elle a élevé à son insu sous le nom de Manrico. Des années plus tard, le vieux Comte de Luna est décédé ; au début de l’opéra, Manrico donne la sérénade sous le balcon de Leonora, dont l’autre fils du Comte de Luna, en fait son frère, est également épris. L’action se poursuit avec le récit d’Azucena à Manrico et l’enlèvement de Leonora par Manrico dans le couvent où elle souhaite se retirer. L’arrestation d’Azucena, puis de Manrico, par les hommes du Comte précipite le drame vers une issue tragique.


D’un livret haut en couleurs et polymorphe, Verdi fait un opéra à la dramaturgie parfaitement conduite grâce à ses librettistes Salvadore Cammarano – celui aussi de Luisa Miller et Lucia di Lammermoor, entre autres opéras de Verdi et Donizetti – et Leone Emmanuele Bardare. Évoquant le caractère épique du Trouvère, le metteur en scène Gilbert Deflo attire l’attention sur une parenté intéressante avec la tragédie grecque. Notons au passage la rigueur implacable avec laquelle chacune des quatre parties de l’ouvrage s’achève par une scène d’ensemble coïncidant avec l’arrivée d’une péripétie, une accélération brusque de l’action selon les codes de la tragédie classique. Le poids du fatum, de la « souillure » première, commande dès lors une véritable descente aux Enfers qui régit la progression du tout. Le Trouvère est en effet de bout en bout traversé par les flammes, celles qui habitent les impressionnants moments de prouesse vocale, qui attirent les personnages à leur perte, vers un dénouement par le feu.

Sofiane Boussahel


Le Trouvère, du 3 au 12 février au Théâtre du Capitole
Tarif A de 10 à 100€ et tarif C (Jeunes talents) de 10 à 60€

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