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24 décembre 2011
Nanette Glushak : « Le style américain ? L’énergie et une grande amplitude de mouvement »


Avec le programme New York Dances, le Ballet du Capitole consacre une soirée au style américain. Nanette Glushak, directrice de la danse au Théâtre du Capitole, formée aux côtés de Balanchine, a fait du répertoire du maître russo-américain et de celui de ses héritiers l’un des passages obligés de toute saison de la compagnie toulousaine.


Dans New York Dances, vous programmez une pièce de Robbins, une de Benjamin Millepied, un pas de deux de Balanchine et un ballet de Twyla Tharp. En quoi ces pièces sont-elles représentatives du style américain ?
Pour moi, la danse n’a pas de nationalité. Bien entendu, comme dans tout art, il existe des écoles différentes (française, italienne, russe, anglaise, américaine…) mais qui ne sont pas si divergentes que cela si l’on considère l’universalité du langage chorégraphique qui est compris et apprécié par tous les peuples et toutes les cultures, aussi différents soient-ils. C’est pour cette raison que je ne pense pas que l’on puisse estampiller ces pièces du sceau “American way” car la danse est propre à chaque individu. Même si un danseur a suivi une formation américaine, sa personnalité, son individualité font qu’il aura toujours sa “petite musique” qui ne peut pas être rattachée à une école. Ce serait trop artificiel et trop systématique. Cependant, si l’on veut définir le style américain, il se caractérise surtout par l’énergie, une grande amplitude de mouvement… George Balanchine, qui ne représente pas le style américain mais un style américain parmi d’autres et qui a été très inspiré par l’ "American way of living", a introduit dans son esthétique chorégraphique l’extrême vitesse de bas de jambe, le dynamisme, l’énergie, l’asymétrie, le déséquilibre, l’allongement des lignes, la liberté de mouvements qui n’existait pas alors dans la danse européenne… et surtout une très grande musicalité qui, par exemple, exige l’utilisation des contretemps dans la musique. « L a fin de la dernière phrase musicale, c’est déjà le commencement de la suivante », voilà ce qu’il nous disait dans le studio de danse du New York City Ballet (NYCB). Cette liaison entre les pas, cette fluidité rendent d’ailleurs les choses beaucoup plus intéressantes pour le public.
Quant à Nine Sinatra Songs de Twyla Tharp, c’est pour moi l’un des ballets les plus américains, les plus new-yorkais qui soient. Surtout avec les chansons de Sinatra. Chorégraphe au langage unique, les pièces de Twyla Tharp sont la quintessence des meilleurs spectacles de danse de Broadway. N’oublions pas qu’elle est, entre autres, la chorégraphe de Hair. Mais ce ballet n’a pas été créé pour des danseurs de musicals mais pour Mikhaïl Baryshnikov et Elaine Kudo, qui viendra d’ailleurs le remonter à Toulouse. Tout semble improvisé dans cette pièce alors que tout est construit au millimètre près.


Nine Sinatra Songs

Gaëlle Riou et Jérôme Buttazzoni Moves de Twyla Tharp, juin 2009. Photo : David Herrero.



Pourquoi ce programme ?
Pour ce qui est du titre, New York Dances, la double entente de l’intitulé m’a amusée. En effet, en anglais, “dances” est aussi bien un substantif qu’un verbe et on peut donc comprendre “les danses de New York” comme “New York danse”. Pour ce qui est du programme en lui-même, je l’ai construit en pensant à mes danseurs et au public toulousain que je connais très bien maintenant, depuis dix-sept ans que je dirige le Ballet du Capitole. J’ai essayé de les satisfaire tous deux. Pour les danseurs, ce programme constitue un vrai défi technique et artistique ; pour le public, New York Dances se compose de quatre pièces aux styles très variés qui offrent un grand divertissement chorégraphique.


Pourquoi avoir choisi de programmer Moves, ce ballet de Robbins qui est sans musique, sans décors, sans vrais costumes de scène, les danseurs étant dans la plus simple tenue de travail ?
Pour moi, Moves est un chef d’oeuvre. C’est une démonstration de danse pure, dépourvue de tout concept. Un ballet qui vous hypnotise. C’est, comme on dit aux États-Unis, un ballet “gimmicky”, adjectif difficile à traduire, disons plein de trucs” dans le sens de trouvailles, d’astuces, de nouveautés. Cela relève du génie. C’est un ballet d’une extrême difficulté technique qui constitue un véritable challenge pour les danseurs car il est sans musique. Sur le silence, les danseurs n’ont plus que le corps pour s’exprimer, rien d’autre. Cependant, le rythme est là, présent, celui des battements de leur coeur.
Un autre défi de ce ballet pour mes danseurs, c’est le travail de la théâtralité, du dramatisme. Ce sens du théâtre, du drame caractérise Jerome Robbins qui l’a acquis et développé à Broadway et au cinéma en réalisant les chorégraphies de comédies musicales comme West Side Story, Le Violon sur le toit


Selon vous existe-t-il une réelle filiation entre Balanchine, Robbins et Benjamin Millepied, dans la mesure où ce dernier est tout de même français et a étudié la danse en France ?
La filiation me paraît évidente. L’Américain Jerome Robbins doit beaucoup à George Balanchine. Mais son sens du théâtre est plus développé que celui de Balanchine qui, lui, excelle dans la représentation de la danse pure. Quant à Benjamin Millepied, il a beaucoup travaillé avec Robbins lorsqu’il était danseur au NYCB, mais c’est en France, et notamment au Conservatoire National Supérieur de Danse de Lyon, auprès de Michel Rahn qu’il a acquis sa formation professionnelle initiale. Fasciné par l’école balanchinienne, Michel Rahn lui a conseillé de suivre les stages d’été de la School of American Ballet, la grande école de danse américaine qui forme les futurs danseurs du NYCB. Très vite repéré dans ces stages d’été, il a intégré l’Ecole deux ans plus tard puis, à la fin de ses études, le NYCB où il est Principal Dancer (Etoile).
À Lyon, Benjamin Millepied a été formé par Michel Rahn à la technique russe d’Agrippina Vaganova et à la technique américaine. La technique Vaganova est toujours inculquée aux élèves de l’École de danse du Mariinski. C’est d’ailleurs la technique que Balanchine a enseignée à son arrivée aux États-Unis – qu’il avait lui-même apprise à Saint-Pétersbourg – et qui constitue toujours la base de l’enseignement du New York City Ballet. Cet enseignement se caractérise par l’acquisition de la vitesse, de la musicalité, par tout un travail spécifique du haut du corps de manière à le rendre expressif et “moving”… Si l’on maîtrise cette technique Vaganova, on peut tout danser, s’adapter à tous les styles. Ce qui est le cas du Ballet du Capitole qui peut interpréter les grands classiques du répertoire comme Giselle, La Sylphide ou Casse-Noisette, des ballets néoclassiques de Balanchine ou de Robbins mais aussi des chorégraphies beaucoup plus contemporaines de Bigonzetti, Godani, Malandain…


Propos recueillis par Carole Teulet


New York Dances, du 26 au 29 janvier au Théâtre du Capitole
Tarif : de 6,50 à 40€


Paganini !

Minh Pham dans Paganini ! de Benjamin Millepied, avril 2007. Photo : David Herrero.

Informations

NOTA BENE les horaires pour
Le Prophète,

au Théâtre du Capitole
les vendredi 23, mardi 27 et vendredi 30 juin à 19h30

les dimanches 25 juin et 2 juillet 2017 à 15h00