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29 septembre 2011
Véronique Gens : "Je rêve des héroïnes du XIXe siècle"


Grande mozartienne, interprète acclamée dans le répertoire baroque sur les plus grandes scènes du monde, la soprano française Véronique Gens donnera, pour sa première invitation au Théâtre du Capitole, un récital de grands airs d’opéra français. Elle sera accompagnée par l’ensemble baroque Les Talens Lyriques sous la baguette de son fondateur Christophe Rousset que l’on réentendra à Toulouse en mai dans Les Indes galantes.


Alors que votre répertoire comprend Falstaff, Les Maîtres chanteurs de Nüremberg ou encore Eugène Onéguine, la majorité de votre calendrier est occupé par les compositeurs des XVIIe et XVIIIe siècles. Est-ce un choix délibéré ?
C’est une question de goût certainement. Cela dit, aujourd’hui je m’éloigne du XVIIe siècle pour me concentrer sur des compositeurs plus tardifs. Cette évolution est également dictée par les changements physiologiques de ma voix. Mozart reste cependant le centre de mon répertoire, mais je suis très attentive à toute proposition concernant l’époque romantique.


Le dernier volet de la trilogie discographique que vous consacrez, avec Christophe Rousset, aux tragédiennes dans l’art lyrique, sort aujourd’hui. Pourquoi ce thème des tragédiennes ?
Ce que nous avons voulu, c’est faire découvrir des œuvres magnifiques tombées dans l’oubli. Avec Christophe, nous avons découvert des partitions incroyables, illustrant le destin de ces héroïnes blessées, désespérées, anéanties, meurtries, furieuses. Il a bien fallu choisir et ce ne fut pas le plus facile. Nous les avons sélectionnées aussi car elles correspondent parfaitement à ma voix, qui est plutôt centrale, sans occulter bien sûr des incursions dans l’aigu et parfois l’extrême grave. Cette couleur sombre et cette tessiture sont la typologie vocale de ces personnages.


Vous vous présentez aujourd’hui dans un répertoire nouveau incluant, entre autres, Massenet, Berlioz, Verdi, Saint-Saëns et Meyerbeer, des piliers du XIXe siècle lyrique. Est-ce l’annonce d’un tournant dans votre carrière ?
Je ne sais pas si ce sera un tournant dans ma carrière, mais c’est un souhait personnel d’aller vers un répertoire plus récent. En tout état de cause, ce sont la suite normale et le dernier acte de la trilogie discographique démarrée avec des compositeurs comme Rameau, Leclair, Mondonville ou encore Lully. Soyons clair, je rêve de chanter sur scène toutes les héroïnes de ce dernier disque mais personne ne me le propose car je suis encore cataloguée « baroqueuse », alors que c’est de moins en moins la vérité. Je ne peux cacher que dans mes souhaits les plus ardents, s’inscrivent des rôles comme Didon, Desdémone et la Maréchale du Chevalier à la Rose. Pour moi ce serait merveilleux.


Le programme de votre récital toulousain fait pratiquement une heure de chant, ce qui est rare dans ce genre d’exercice. Comment s’y prépare-t-on ?
Il faut être extrêmement concentré. Cela dit, le programme intégral a été fait déjà pour le disque, ce qui nous a permis, Christophe et moi-même, de le travailler très en profondeur. Mais c’est vrai que c’est un programme lourd, pour tout le monde d’ailleurs car les musiciens n’ont absolument pas l’habitude de jouer ce répertoire. Même si la difficulté pour moi vient de l’enchaînement des morceaux, je me sens tellement bien dans ce programme !

Propos recueillis par Robert Pénavayre


Héroïnes romantiques
Véronique Gens soprano, Les Talens Lyriques, Christophe Rousset direction musicale
Au Théâtre du Capitole, le 13 octobre à 20h
Tarif : de 10 à 60€ - Réserver en ligne


Véronique Gens

(photo : M. Ribes & A. Vo Van Tao / Virgin Classics)