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25 février 2013
Joyce DiDonato

Autour de Il Complesso Barocco

Ensemble spécialisé dans l’interprétation sur instruments anciens, Il Complesso Barocco, fondé à Amsterdam en 1979, a depuis établi ses quartiers en Italie et se concentre aujourd’hui principalement sur le répertoire italien baroque d’opéra et d’oratorio.

C’est bien entendu sur la plus grande qualité d’interprétation, d’intonation, de justesse stylistique qu’il a, durablement, installé sa réputation au fur et à mesure des concerts, tournées et festivals en Europe et sur le continent américain.

C’est à son fondateur, le chef d’orchestre et claveciniste Alan Curtis, conseiller artistique de la formation, que l’on doit l’orientation prise par la formation. Passionné de musique dramatique des deux siècles qui relient Monteverdi et Mozart, celui que l’Orpheus de Berlin a nommé « l’avant-gardiste de la musique ancienne », est déjà dans les années 1950 le premier claveciniste moderne à se confronter au problème posé par les préludes non mesurés de Louis Couperin.

Il fut aussi parmi les premiers à interpréter Rameau sur instruments d’époque et avec la chorégraphie originale.

Parmi les œuvres connues mais injustement oubliées alors par les directeurs d’opéras et salles de concerts, il joue Armide de Gluck dans trois productions différentes, dont l’une avec Il Complesso Barocco au Théâtre musical de Paris ou Théâtre du Châtelet.

Une série importante d’enregistrements et de prestations variées a suivi, couvrant un répertoire d’opéra et d’oratorio allant de Monteverdi à Haendel, avec une très forte prédilection pour ce dernier, avant que l’orchestre et son chef ne se lancent dans des tournées et réalisation discographique « à thème », tel ce Drama Queens avec Joyce DiDonato.


Autour de Drama Queens, propos de Joyce DiDonato, 2012

Nous autres, chanteuses d’opéra, avons une chance folle : notre métier offre la meilleure forme de thérapie qui soit, car il nous permet d’exorciser nos démons intérieurs en incarnant des personnages plus grands que nature, des reines tragiques et divines qui pleurent, aiment, se lamentent et se vengent avec plus de style et de panache que dans n’importe quelle autre forme d’art.

Dans un environnement miné de difficultés et de pressions extrêmes, cette thérapie est un atout indiscutable. Mais la véritable libération et la joie ne sont possibles que si vous autres, nos auditeurs, êtes de la partie et que nous remplissons le pacte tacite de voyager ensemble vers ces régions cachées que chacun préfère éviter dans la réalité.

Pourquoi adorons-nous ces reines de tragédie ? À mon avis, pour les mêmes raisons qui font que nous aimons l’opéra : nous rêvons de franchir le seuil secret vers des émotions plus riches, plus complexes, profondément humaines et bouleversantes, auxquelles nous n’avons pas forcément accès lorsque nous sommes simplement nous-mêmes.

Les folles intrigues et les situations survoltées du monde de l’opéra libèrent notre imagination souvent trop paresseuse. Nous entrons de notre plein gré dans le drame, espérant trouver la catharsis dans les larmes de Cléopâtre, exulter avec Rossane et peut-être apprendre un amour plus pur auprès d’Orontea suppliant son amant endormi.

La reine d’opéra baroque ne s’excuse jamais et ne dissimule rien (sauf si cela peut lui servir, bien sûr). Elle met son cœur à nu et, grâce à une musique vocale d’une splendeur sans égale, nous autorise à faire de même. Qui a besoin d’une thérapie ?


Portrait de Joyce DiDonato

Pour l’une de ses rarissimes apparitions françaises, hors Paris, le Théâtre du Capitole reçoit la mezzo-soprano américaine Joyce DiDonato. Comptant aujourd’hui parmi les plus grandes stars de la scène lyrique mondiale, cette cantatrice est incontournable de toute distribution d’œuvres de Mozart, Rossini ou Haendel, que ce soit à la Scala de Milan, au Met de New York ou au Covent Garden de Londres.

Celle qui ne refuse pas de jouer les journalistes back stage lors des retransmissions au cinéma de la grande scène new-yorkaise, s’amusant à l’évidence à interviewer ses consoeurs et confrères, est loin aujourd’hui de la petite église de Prairie Village, non loin de Kansas City, où elle découvrit le chant choral, entourée de parents fervents musiciens.

Marchant sur les traces de la Colbran, « La diva yankee », comme elle se nomme elle-même, a du mal avec les catégorisations vocales, leur préférant les deux magnifiques octaves qui forment l’ambitus de sa voix et qui lui permettent d’aborder aussi bien la Rosina du Barbier de Séville, même en fauteuil roulant (Londres 2009 !) que la Maria Stuarda de Donizetti.

À vrai dire, le public ne sait trop quoi acclamer de plus frénétiquement, de la soie d’un timbre aux irisations ambrées, de la suprême musicalité de cette musicienne d’exception, de cette virtuose de la colorature, de cette comédienne formidablement engagée. Son rêve est d’aborder la Charlotte de Werther et, pourquoi pas, Mignon. Rêvons, nous aussi.


Propos recueillis par Robert Pénavayre

Informations

En raison du Marathon de Toulouse, ce dimanche 22 octobre, nous tenons à vous informer que l’accès au centre-ville et à la place du Capitole sera réduit.
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