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25 avril 2013
Le Corsaire

Entretien avec David Coleman, chef d’orchestre

Le directeur musical d’un spectacle de ballet dirige en permanence deux partitions, l’une est musicale, l’autre chorégraphique. Quel équilibre instaurez-vous entre les deux ?

L’équilibre entre musique et chorégraphie est complexe. Mais je peux vous donner une opinion nourrie à ce jour par une expérience longue de nombreuses années en tant que directeur musical accompagnant de grandes compagnies.

Habituellement, je commence par apprendre la chorégraphie dans un studio après avoir mémorisé la musique. Bien entendu, lorsqu’il s’agit d’un répertoire connu, que j’ai déjà dirigé dans de nombreuses productions, je m’intéresse plutôt, lors des répétitions, au contexte dramatique.

Quand il s’agit d’œuvres nouvelles, une collaboration étroite entre le chorégraphe et le directeur musical est la source des meilleurs résultats.

Je pense que votre question fait référence aussi au cadre de la représentation. La préparation très complète de l’œuvre que j’évoque ci-dessus me permet ensuite de donner une impulsion dramatique à l’œuvre pendant le spectacle, tout en tenant compte de la personnalité des interprètes et de leurs capacités physiques, bien sûr.

Chaque représentation est différente et je me considère autant responsable de la musique que des danseurs, tout en respectant l’inspiration du chorégraphe.

Avez-vous déjà dirigé la version du Corsaire de Mazilier et Petipa ?

Oui, mais le plus souvent seulement le célèbre Pas de deux. L’ouverture du solo du Corsaire me rappelle Noureev surgissant sur scène pour le danser.

Diriger une nouvelle chorégraphie vous oblige également à l’apprendre au même titre que les danseurs ?

Je considère qu’il est essentiel de connaître la chorégraphie avant de diriger une nouvelle œuvre, afin que mon interprétation de la musique lui soit appropriée.

De plus, la production et les décors deviennent des aspects importants au fur et à mesure que l’œuvre se crée et, de ce fait, un ensemble de connaissances historiques se rapportant au sujet du ballet me permet de préparer l’œuvre pour l’aborder dans toute sa complexité.

Adolphe Adam et Léo Delibes sont les compositeurs les plus représentés parmi ceux choisis pour la musique de ce spectacle, mais ils ne sont pas les seuls. Vous-même avez participé à l’écriture d’une nouvelle partition du Corsaire. Quelle est votre contribution et comment ce patchwork musical est-il né ?

Ma contribution a avant tout consisté à déchiffrer la partition d’origine, recueillir les idées de Kader Belarbi pour ce ballet, d’en discuter avec lui et enfin de produire une partition susceptible d’être le fil dramatique du spectacle.

Au cours du processus de réécriture, j’ai entre autres modifié l’instrumentation originale et aussi composé de nouveaux morceaux. En pratique, cela revient à écrire une nouvelle partition.

Certains des morceaux reposent sur des motifs qui existent déjà, d’autres sont des compositions nouvelles ajoutées là où il n’y avait pas de musique adéquate. Dans d‘autres cas, j’utilise la musique originale. Toutes ces décisions artistiques sont nées de discussions avec Kader Belarbi avant que mon travail ne commence.

Il était de ma responsabilité de créer une partition pouvant donner vie à toutes nos idées. Kader Belarbi a fait la même chose avec la chorégraphie et la mise en scène. Nous avons développé une formidable complicité d’esprit sur ces différents aspects du spectacle, la tâche s’est montrée exaltante et enrichissante.


Propos recueillis par Robert Pénavayre