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17 avril 2013
Le Corsaire hisse des nouvelles voiles

Entretien avec Kader Belarbi, chorégraphe, directeur de la danse au Théâtre du Capitole

Le Corsaire est un long ballet du répertoire classique, créé au XIXe siècle. Pourquoi avoir eu envie d’en donner votre propre version ?

Du Corsaire, on connaît surtout le pas de deux, souvent programmé dans les galas de danse et mis aux épreuves des grands concours. Les plus grands danseurs l’ont à leur répertoire, mais l’interprétation de Margot Fonteyn et Rudolf Noureev a tout spécialement marqué les esprits.

J’ai eu l’occasion de voir la version intégrale du ballet par le Bolchoï et l’American Ballet Theatre et, à chaque fois, j’ai eu le sentiment d’une histoire confuse sur un agencement musical souvent disparate et inégal. De là, le souhait d’éclaircir le propos et de rendre homogène une nouvelle partition musicale.

Je me suis détaché du poème de Lord Byron de 1814 pour écrire un nouveau livret en deux parties. Le désir premier est d’aspirer à la création d’un grand ballet académique, épique, aux parfums orientalistes sans tomber dans les clichés.

Je crois à la tradition renouvelée en évitant l’ambition d’être original pour s’efforcer d’être simple et authentique. J’ai eu envie de faire appel à des artistes venant d’univers comme le cinéma pour créer, en quelque sorte, un ballet cinématographique.

En tant que directeur de la danse, c’est aussi la volonté de s’emparer d’un grand ballet classique et de le créer en correspondance avec les danseurs du Ballet du Capitole afin qu’il devienne leur signature.

Selon vous, que peut apporter la relecture de grands classiques du répertoire ?

Il est toujours question d’inscription, d’interprétation et de transmission ; c’est en somme la tradition qui se perpétue. Ensuite, libre à chacun de lier et de délier les choses. Rien ne se perd et tout se transforme selon le regard et le désir. Je pense qu’il ne suffit pas de répéter mais d’innover pour trouver un autre sens.

Il me paraît capital de respecter les ouvrages du passé mais ils correspondent à leur contexte de création. Ce que je fais avec ce nouveau Corsaire, c’est l’inscrire dans notre époque. D’ailleurs, Le Corsaire a été créé par le Ballet de l’Académie Impériale de Musique de Paris, le 23 janvier 1856, dans une chorégraphie de Joseph Mazilier, et depuis cette date, il n’est jamais réapparu dans une version française.

Quelle sera la musique de ce ballet ? Aurez-vous recours à la partition d’origine, à laquelle Adam et Delibes ont largement contribué ?

À partir des diverses partitions existantes, j’ai souhaité conserver la trame musicale de Adolphe Adam et j’ai procédé à des ajouts musicaux pour créer une dramaturgie musicale.

Après une recherche personnelle de plusieurs mois et la réalisation d’une première ébauche musicale reliant la dramaturgie et la danse, j’ai immédiatement pensé à David Coleman qui est, certes, un grand chef d’orchestre mais qui a intégré aussi la notion du ballet dans ses gestes.

D’ailleurs, vous pouvez lui demander d’exécuter sans difficulté un pas de danse. C’est un apport indiscutable pour pouvoir converser sur la création d’un ballet.

Suite à de nombreuses rencontres, il est intervenu harmonieusement sur mon canevas musical d’environ deux heures, en créant de nouvelles parties musicales, en enrichissant certains arrangements, en restituant des tonalités pour certaines transitions et en jouant de leitmotive musicaux qui font apparaître des résonances sur l’ensemble.

Au final, il a été surtout question pour nous de créer une nouvelle partition du Corsaire, homogène et fluide.
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Propos recueillis par Carole Teulet

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