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5 juin 2013
Légendes anglaises

Entretien avec Alfonso Caiani, chef du Chœur du Capitole

Le Chœur du Capitole a présenté The Company of Heaven en novembre 2010, œuvre radiophonique et de caractère liturgique, dans un concert qui réunissait des œuvres de Francis Poulenc, Karol Beffa et Benjamin Britten. Y a-t-il un lien entre le Benjamin Britten de The Company of Heaven et celui de la cantate Saint Nicolas ?

Assurément. Cependant, dans Saint Nicolas, l’écriture musicale est globalement plus complexe que dans The Company of Heaven. L’effectif orchestral est d’ailleurs un peu plus large, il demande des cordes mais aussi un piano quatre mains, un orgue et des percussions assez fournies.

L’ouvrage a été écrit pour une école. À l’origine, le chœur mixte de cette partition est composé de garçons ayant déjà mué, rejoints par les élèves d’une école de filles, parmi lesquelles certaines sont choisies pour composer une « maîtrise » bien distincte du chœur mixte et prévue à l’origine pour être placée en hauteur.

Cette configuration nécessite la présence d’un deuxième chef. Ajoutons à cela un solo d’enfant qui correspond à la voix du petit Saint Nicolas, et auquel sont confiées trois interventions, mais aussi les solos de trois autres enfants.

Cette œuvre, très théâtrale pour une cantate chorale, contient également une grande partie de ténor solo, difficile mais très importante et surtout très belle, qui incarne la figure de Saint Nicolas à l’âge adulte.

Cette partie de ténor a été écrite pour Peter Pears, le partenaire artistique et privé de Benjamin Britten : c’est elle qui expose le récit de la vie de Saint-Nicolas, récit à la première personne. Cette cantate a un côté très dramatique, ce qui s’explique très certainement par le fait que Britten s’est très vite imposé comme compositeur d’opéras.

Avec un orchestre qui peut sembler épuré par rapport à un orchestre romantique, Britten arrive à trouver des timbres en métamorphose constante, s’adaptant aux différentes situations du texte. Cette œuvre témoigne d’une maîtrise de l’orchestre, de la situation dramatique, du contrepoint et du timbre qui est tout simplement, et comme d’habitude chez Britten, tout à fait géniale.

Quel travail spécifique cette musique exige-t-elle du chœur ?

Saint Nicolas est une œuvre écrite pour des amateurs, certes des amateurs issus de collèges anglais où l’on pratique la musique avec une exigence et une qualité très poussées, ce même aujourd’hui.

The Company of Heaven, interprété durant le concert de novembre 2010, est au contraire une œuvre écrite pour les professionnels des Chœurs de la BBC.

Pour revenir à Saint Nicolas, cette cantate contient des dissonances, ici et là des rythmes complexes, son écriture est moderne même si la référence au choral est évidente. Il y a en effet deux chorals dans la partition, dont l’un est le matériau utilisé par une fugue. Ces chorals d’origine luthérienne sont connus dans la liturgie anglicane.

Aussi, Britten avait prévu que le public chante l’un des chorals avec les musiciens. Si l’écriture de Saint Nicolas est moderne, elle naît comme toujours chez Britten de racines profondes, apparentées à la polyphonie classique et à la musique anglaise ancienne.

Les aspects spécifiques de la technique vocale concernent le travail sur le son, qui dans la musique anglaise doit être un peu plus « étroit », moins vibré, plus clair, que dans l’opéra italien.

Le concert Légendes anglaises a lieu au moment où le Théâtre du Capitole présente Don Carlo de Verdi, opéra qui exige du Chœur un travail particulièrement important. Les choristes seront confrontés en même temps à deux répertoires, deux styles, deux écritures chorales complètement différents. L’instrument vocal est ainsi sollicité de deux manières distinctes durant les mêmes semaines.

Cela représente toujours un beau challenge, dont il ne faudrait sous-estimer ni l’importance ni l’intérêt. Reste la prononciation de l’anglais qui, malgré l’excellent niveau du Chœur, apporte une difficulté supplémentaire. L’anglais est à mon avis la langue la plus difficile à prononcer quand on chante.

Il faut souvent se faire aider par des musiciens anglophones de langue maternelle. La prononciation de l’anglais est plus complexe que celle de l’allemand, car les voyelles anglaises sont rarement pures. Cela demande un travail rigoureux si l’on souhaite tous obtenir la même couleur, la même prononciation.


Propos recueillis par Sofiane Boussahel

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