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4 février 2013
Rythmes de danse


Entretien avec Kader Belarbi, directeur de la danse du Théâtre du Capitole

Pourquoi Rythmes de danse, ce programme autour du rythme ?

Parce que je m’interroge toujours sur laquelle, de la musique ou de la danse, est le moteur du spectacle. De l’une et de l’autre, laquelle est première ? Probablement ni l’une, ni l’autre. En revanche, je sais que le rythme est ce qui préexiste à l’une comme à l’autre.

Ce programme permet d’entrer dans la notion des rythmes : la pièce de Forsythe, The Vertiginous Thrill of Exactitude, chorégraphiée sur l’Allegro Vivace de la Neuvième Symphonie de Schubert, est d’une rapidité vertigineuse comme l’évoque son titre. Forsythe a utilisé ici toute la notion académique dans sa plus belle ligne et sa plus belle rigueur et l’a modelée d’après la fulgurance et la rapidité d’exécution classique de Schubert.

Avec le ballet Entrelacs, je suis dans des circonvolutions de formes et de lignes qui s’enchevêtrent et dialoguent entre elles. Dans la partie chorégraphiée sur la musique d’Arvo Pärt, le rythme est également présent, mais les notes sont allongées et les grands intervalles apparaissent comme des espaces harmoniques avec lesquels je joue de l’inscription phrasée du geste.

Dans la seconde partie du ballet, les gestes sont finalement entrecoupés par la musique percussive de Xenakis qui découpe l’espace-temps. La construction musicale d’Arvo Pärt repose sur un temps étiré au maximum quand Xenakis nous entête d’un rythme quasi-ininterrompu jusqu’à devenir perpétuel. Ce qui me permet de jouer avec le trait des danseurs dans les espaces ouverts ou fermés de ces deux compositeurs et de peindre le paysage scénique.

A.U.R.A. est une invitation aux danseurs du Ballet du Capitole d’aller encore plus loin dans la rencontre avec Jacopo Godani. Son propos reste toujours la malléabilité du corps dans une énergie féroce qui en même temps peut tout aussi bien évoquer le chamallow®. Sur le traitement de rythmes et de sons de 48nord, formation avec qui Jacopo Godani collabore depuis 2006, les corps sont « malaxés » et en suspension dans le temps et l’espace.

Selon vous, qu’est-ce que ce programme peut apporter au Ballet du Capitole ?

Ce programme permet de bouger les lignes et les frontières. J’espère que les danseurs reconnaîtront cette effervescence pour mettre en action une forme de maîtrise du geste où l’acuité de l’esprit conduit le corps d’une manière plus à propos.

Entrelacs évoque le dessin et plus précisément la calligraphie. Étant vous-même très féru de peinture, pouvez-vous développer une telle métaphore ?

J’ai toujours dessiné puis, plus tard, je me suis mis à la peinture. Je n’ai pu m’empêcher de faire le parallèle avec la chorégraphie qui mêle dans son écriture des lignes rigoureuses, une virtuosité gestuelle et une rythmique interne qui impulsent le mouvement.

Entrelacs a été initialement créé pour le Ballet national de Chine. J’ai eu la chance de faire plusieurs voyages en Chine et j’ai été fasciné par la calligraphie chinoise.

Cet intérêt m’a fait découvrir Shi Tao, peintre et calligraphe de la fin du XVIIe siècle et auteur d’un traité que je me suis procuré, Les Propos sur la peinture du moine Citrouille-Amère. Il y développe son idée fondamentale qui est celle du rôle primordial de l’unique trait de pinceau. C’est-à-dire que tout part du trait ; à partir du trait, tout est possible et les corps et graphies me sont apparus.

Pour peindre ces entrelacs, je me suis amusé avec les mythes, les éléments et les diagrammes chinois qui appartiennent au courant de pensée taoïste et bouddhiste.

Allez-vous « remonter » Entrelacs tel quel ou l’adapter aux danseurs de votre compagnie ?

La question de la mémoire, de l’interprétation et de la transmission se pose toujours dans le cas d’une reprise. Je crois à l’instant capital de l’échange dans le studio avec les danseurs. D’où l’importance du travail préparatoire sous forme d’audition pour trouver les meilleures correspondances et, par la suite, la bonne usure des répétitions pour trouver le geste juste avec les danseurs.

Étant donné que ce ballet m’a été inspiré en partie par les écrits de Shi Tao, si je l’adapte à mes danseurs, il restera néanmoins très influencé par les signes que j’ai voulu inscrire et par l’expérience vécue en Chine.


Propos recueillis par Carole Teulet

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