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21 mai 2014
DIFFUSION RADIO


Vendredi 23 mai à 20h, Radio Classique diffusait en direct Les Deux Foscari, opéra de Giuseppe Verdi dirigé par Gianluigi Gelmetti et mis en scène par Stefano Vizioli.


Entretien avec Frédéric Chambert, Directeur artistique du Théâtre du Capitole



La retransmission d’un opéra en direct à la radio depuis le Théâtre du Capitole est-elle une première pour votre maison ?

C’est à ma connaissance une première pour le Théâtre du Capitole. Les directs étaient quelque chose de fréquent à l’opéra dans les années 70/80 en France. Puis le procédé s’est considérablement réduit sauf dans des conditions particulières qui sont, par exemple, la présence d’une régie vidéo-son permanente dans le théâtre. Aujourd’hui, cela est même devenu exceptionnel sauf dans des maisons comme l’Opéra de Paris – pour ne parler que de la France. Radio Classique arrive donc sur cette captation avec ses propres moyens. Ce qu’il y a de formidable dans cette opération c’est de donner à l’auditeur l’impression, qui est en fait une réalité, de vivre pleinement l’événement artistique dans toute sa fragilité et son émotion. Cela n’a rien à voir avec un enregistrement de studio. Le direct rétablit ce rapport à l’exploit qui est totalement magique. Car je le dis haut et fort : chanter un opéra est un véritable exploit. L’artiste lyrique est un vrai funambule en équilibre sur ses cordes vocales. Dans ce type de retransmission, la pression pour les chanteurs est d’autant plus forte qu’ils savent qu’il sont entendus bien au-delà des murs du théâtre, par des centaines de milliers d’auditeurs. D’ailleurs, pour tout vous dire, certains artistes refusent le direct car il n’y a pas de filet de sécurité et ne souhaitent pas se surexposer dans ces conditions.

Pouvez-vous nous parler de la genèse de ce projet ?

Tout s’est fait très simplement : j’ai demandé un rendez-vous à la direction de Radio Classique et je me suis rendu à Paris pour les rencontrer et leur exposer mon souhait d’entamer une relation avec leur station. Nous nous sommes arrêtés sur la formule d’une journée entièrement consacrée à un événement, journée couronnée par la retransmission en direct d’un opéra depuis le Théâtre du Capitole. C’est un vrai partenariat entre nos deux institutions. Alors pourquoi Radio Classique ? J’écoute souvent cette radio et j’aime sa manière assez cash et sans chichis d’aborder la musique. Cela ressemble assez à la manière qu’a le public toulousain d’aimer l’opéra. J’ai orienté le choix de l’œuvre de cette journée vers un compositeur que connaît l’auditoire le plus large, Verdi en l’occurrence. Néanmoins c’est assez courageux de la part de cette radio d’avoir accepté car I due Foscari n’est pas nécessairement l’ouvrage le plus connu de ce musicien. A mon sens l’événement que constitue le direct rend le risque de ce choix plus acceptable, moins dangereux.

Où en est le Théâtre du Capitole en termes de politique audiovisuelle ?

C’est un pôle qui s’est beaucoup développé lors de ces deux dernières années. Le préalable était de disposer d’un accord-cadre avec l’ensemble des personnels artistiques permanents du Théâtre du Capitole. Ce fut l’un de mes premiers soucis en arrivant ici. Cela a pris du temps mais nous y sommes arrivés. Après, tous les champs des possibles étaient ouverts. Nous avons donc commencé avec Rienzi pour la télévision et un DVD. Ce sera la même chose pour La Favorite et Les Pigeons d’argile. Le ballet n’est pas oublié dans ces opérations puisque déjà Le Corsaire et La Bête et la Belle ont été enregistrés et, la saison prochaine, ce sera le tour de La Reine morte. Les accords ne sont pas encore totalement conclus mais il y a de fortes chances que Les Fiançailles au couvent et Le Bal masqué de la saison prochaine suivent le même chemin. Outre ces aspects, nous touchons là à une question de légitimité de l’art lyrique car, depuis que l’opéra existe, se pose une question, celle de son financement. L’art lyrique est un genre coûteux ; il nous appartient donc de le faire partager au plus grand nombre. Une politique audiovisuelle incluant l’ensemble des médias, y compris internet, est donc pour moi un axe fondamental de ma mission. Puis-je ajouter que, pour notre maison, dont l’audience est majoritairement régionale, c’est merveilleux de dépasser les frontières naturelles de notre public ? La radio démultiplie l’audience en brisant les murs du théâtre. Inutile de préciser combien je souhaite développer et pérenniser ce partenariat avec Radio Classique.






Étienne Mougeotte, Directeur général de Radio Classique



La décentralisation de vos émissions lyriques résulte-t-elle d’une politique récente ?

Cela fait plusieurs années que Radio Classique se délocalise assidûment en région, car notre vocation est d’être une radio nationale mettant à l’honneur sur son antenne la richesse et la diversité des talents partout en France. Nous avons de très belles salles, de très grands orchestres, de très grands solistes qui viennent de toute la France. Radio Classique doit offrir aux artistes une couverture nationale pour que les talents et la musique rayonnent et soient accessibles à tous. Nous captons dans l’année une cinquantaine de concerts. Grâce au mécénat de la Caisse d’Epargne, nous pouvons retransmettre en direct 16 concerts prestige en région, une opportunité inouïe pour la radio et les artistes. Nous nous sommes déjà rendus à Lyon, Marseille, Lille, Amiens, Dijon et ce 23 mai, nous sommes au Capitole de Toulouse pour un opéra exceptionnel de Verdi avec l’Orchestre du Capitole, un des meilleurs orchestres de France.

Quel écho offrez-vous aux artisans de ce spectacle ?

A l’occasion de la captation de I Due Foscari de Verdi à Toulouse, nous organisons sur l’antenne toute une journée spéciale autour de la ville, du Capitole et de l’Orchestre. Nos animateurs – Christian Morin, Laure Mézan, Elodie Fondacci, Alain Duault, Olivier Bellamy – parleront de la vie musicale toulousaine, de ses grands rendez-vous. Ils recevront également les artistes de la production : la soprano Tamara Wilson sera chez Laure Mézan à 13h, et Alfonso Caiani, le chef du Chœur du Capitole répondra aux questions d’Olivier Bellamy à 18h. C’est toute la vie musicale et culturelle de Toulouse qui sera à l’honneur sur l’antenne de Radio Classique et qui se conclura évidemment par le moment le plus attendu : l’opéra de Verdi !

La journée autour d’I due Foscari donne la parole autant au domaine artistique qu’à celui de l’économie. C’est un principe qui paraît étrange mais qui fonctionne. Pourquoi ?

C’est vrai. Radio Classique est une radio de musique classique, mais nous avons également des rendez-vous d’information très importants, le matin d’abord avec Guillaume Durand et Nicolas Pierron, et le soir désormais avec Patrick Poivre-d’Arvor. Nous accordons le matin une grande place à l’économie, avec une heure trente d’information économique. Sur Radio Classique, nous prenons le temps de comprendre, d’analyser et de décrypter. L’information économique est une information essentielle pour mieux comprendre le monde actuel et les enjeux politiques, mais également pour gérer son entreprise, être performant, avoir de nouvelles idées. Le focus économique que nous offrons le matin à la ville de Toulouse permet de mettre en exergue son dynamisme et d’inspirer les autres entrepreneurs et les autres régions de France. Le matin, nous sommes écoutés essentiellement par des cadres, des dirigeants d’entreprise et des CSP+.

Quel est le modèle économique de ce genre d’opération ?

Je peux simplement vous dire que c’est grâce au soutien financier de la Caisse d’Epargne que nous arrivons à mettre en place un tel dispositif. Nous ne pourrions pas le faire sans l’aide d’un grand mécène.

Quel est votre sentiment sur les problèmes actuels de financement de la Culture en France ?

Difficile de répondre à cette question en quelques lignes ! Radio Classique est une radio privée qui ne reçoit aucune aide financière de l’Etat. Nous travaillons avec de grandes entreprises et fondations qui nous aident à monter des programmes de grande qualité permettant la diffusion de la musique classique partout en France. Le soutien que nous accordent ces entreprises est capital pour l’action de Radio Classique.

Parmi les grands supports médiatiques actuels, y compris l’internet, lequel, d’après vous, devrait être le leader demain ?

L’internet mobile, sans aucun doute ! C’est ici que tout commence déjà à se passer : l’écoute de la radio, la lecture des journaux, le visionnage de la télévision. C’est l’avenir.

Plus personnellement, quel est votre rapport à l’opéra ?

J’ai toujours été un grand amateur d’opéra. Je suis venu à l’opéra par Mozart (Così fan tutte), puis j’ai découvert Verdi, Rossini, Bellini. Un peu plus tard, j’ai découvert Wagner. Cela a été une lente maturation toujours basée sur le plaisir et l’émotion.



Propos recueillis par Robert Pénavayre

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