Liens d'évitement



22 novembre 2013
HÄNSEL ET GRETEL



Adolescent, Engelbert Humperdinck (1854-1921) s’intéressait beaucoup à l’opéra. Mais contrairement à la plupart des enfants de son âge, il ne se contentait pas d’aller les écouter : il en composait déjà (au grand désespoir de son père, qui ne désespérait pas de le convaincre à embrasser une carrière d’architecte). Quand il entend pour la première fois la musique de Richard Wagner, à Munich, le jeune musicien est bouleversé, et en oublierait presque tous ses modèles passés. Le destin fait d’ailleurs bien les choses : lors d’un voyage en Italie, il rencontre le vieux maître, se lie d’amitié avec lui et le suit à Bayreuth pour l’assister lors de la lise au point finale de Parsifal. On ne saurait imaginer meilleure école ! Preuve supplémentaire de la confiance que Wagner avait en lui : il lui confie l’instruction musicale de son propre fils, Siegfried.
Avec son opéra Hänsel et Gretel (1893), Humperdinck offre au public un parfait exemple de réappropriation, de réinvention même : s’inspirant des idées wagnériennes en matières de mélodie continue, de leitmotive, d’orchestration aussi, il parvient à créer un univers merveilleux et fantasmagorique, où effleurent les réminiscences de Parsifal ou des Maîtres chanteurs de Nuremberg surtout, dont certains thèmes surgissent çà et là comme autant de clins d’oeil au maître trop tôt disparu. Ses ouvrages suivants seront souvent parcourus par l’imaginaire de l’enfance comme en témoignent à eux seuls les titres : La Belle au bois dormant (1902), Le Rêve de Noël (1906) et Les Enfants du roi (1910) surtout. Ce dernier connaîtra un tel succès public et critique lors de sa création au Metropolitan de New York que certains n’hésiteront pas à dire qu’avec cet ouvrage, Humperdinck a composé là l’oeuvre lyrique la plus importante depuis… Parsifal !




Frédéric Chambert, vous programmez cette reprise de l’opéra allemand Hänsel et Gretel en français. Pourquoi ?

Nous faisons cette reprise dans le cadre d’une nouvelle production avec Nuremberg. Alors, pourquoi en français ? En fait il n’y a aucune bonne raison à cela sauf que nous le programmons à Noël comme un spectacle populaire en lieu et place de ce moment particulier de notre programmation dans lequel nous affichons traditionnellement des opérettes. C’est un opéra pour enfants, sérieux, à l’image des contes de Grimm par exemple. Qu’on le veuille ou non, des enfants auront toujours du mal à venir écouter un opéra en allemand, même sous-titré, si la langue de Goethe n’est pas leur langue maternelle. En Angleterre, aux USA, l’ouvrage est donné en anglais. Dans tous les pays germanophones il n’est rien de dire que cet opéra tourne en boucle toute l’année. Je souhaite que les petits Français se délectent comme les petits Allemands aux aventures de Hänsel et de Gretel, de cette maison en pain d’épice et de cette sorcière qui finira au four. De plus je ne suis pas certain que le surtitrage ait complètement rétabli le lien profond et réel entre l’opéra et certaine population moins cultivée qu’une autre particulièrement exigeante dans ce domaine. L’idée est de simplement partager un moment de bonheur familial.

(Propos recueillis par Robert Pénavayre)