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18 novembre 2013
JEANNETTE FISCHER



Interprète de Berta dans Le Barbier de Séville au Théâtre du Capitole en mars 2011, Jeannette Fischer s’est fait une spécialité des rôles de caractère, telle Clorinda dans La Cenerentola de Rossini ou Marcellina dans Les Noces de Figaro de Mozart.
Sa sensibilité profonde en fait une interprète de choix dans des ouvrages plus rares, tels La Strada, opéra de Luc van Hove d’après La Strada de Fellini, où elle incarne Gelsomina, ou Le Verfügbar aux Enfers, de l’ethnologue française Germaine Tillion, présenté en 2007 au Théâtre du Châtelet.


le lundi 9 décembre 2013 à 12h30 au Théâtre du Capitole


Pour le programme de leur récital, Jeannette Fischer et Robert Gonnella nous convient à un voyage au cœur de cultures longtemps considérées comme secondaires (fonds folklorique tchèque, espagnol – pire : catalan ! –, pour ne rien dire de cette autre forme de folklore en soi : Paris). C’est au XIXe siècle que certains artistes osent affirmer qu’il n’y a pas de honte à s’appuyer sur leurs cultures propres, sur les héritages ancestraux. L’idée qu’une expression artistique de haute tenue puisse naître d’un substrat folklorique n’était pas du tout une évidence alors. C’est ainsi que dans une Tchécoslovaquie pas encore libérée des jougs allemands et austro-hongrois, Antonín Dvo ?ák ose créer une musique pleine des sons de sa terre natale, riche d’harmonies directement issues de chants traditionnels populaires. Avec ses Zigeunermelodien (« Mélodies tziganes »), il se permet même d’affirmer noir sur blanc cette allégeance à la musique populaire tzigane, dont même Liszt n’avait pas osé utiliser le nom pour ses Rhapsodies hongroises – qui sont pourtant bien plus tziganes que magyares. Notons encore que, pour l’époque, le simple fait de mettre en musique des textes en langue tchèque n’avait alors rien d’évident pour un compositeur de musique « sérieuse ». Le cas de la musique espagnole est plus surprenant : ce n’est pas en effet dans la seule affirmation d’une certaine identité nationale que se crée la musique « espagnole », mais dans une véritable bataille que se livrent Madrid et Barcelone, cette dernière affirmant haut et fort une suprématie culturelle sur la capitale officielle du royaume par un effort d’éducation et la diffusion d’œuvres d’artistes catalans, dont la réputation dépasse rapidement les frontières de la péninsule. Granados est, avec Albeniz, l’héritier de cette émulation : les sonorités typiques de chaque province espagnole ont gagné leur droit de cité, et l’inspiration populaire et la création dite savante y fusionnent à un remarquable degré de perfection. En France, il faudra attendre le XXe siècle pour que cette veine se libère totalement, avec Canteloube et ses Chants d’Auvergne, mais aussi Jean Cras, Charles Koechlin ou Déodat de Séverac, qui rendirent hommage à leurs régions natales sans tomber dans un folklorisme naïf et descriptif. Et quelle liberté alors soudain, avec même un côté franchement « franchouillard » totalement assumé chez Poulenc et ses contemporains par exemple. Mais Jeannette Fischer a ici préféré la France d’Offenbach, le plus parisien des compositeurs allemands. Et sa France, c’était alors Paris, le Paris canaille des salons et des lieux de plaisir. Dans ses opérettes, Offenbach a non seulement brossé un portrait fort lucide des mœurs de nos aïeux, mais il a surtout su trouver le langage musical idoine, pastichant avec autant de facilité les succès de Rossini et Meyerbeer que les chansons que l’on pouvait entendre dans les rues populeuses du Faubourg du Crime.

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