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28 mai 2014
Valser


En dépit de son titre, Valser est un hommage au tango. Dans un ring et sur la terre, quelques hommes et quelques femmes se cherchent et se trouvent le temps d’un tango, d’une milonga. Convaincue que le tango, qu’elle associe à la tauromachie, est un combat, la chorégraphe Catherine Berbessou donne à voir dans Valser la conception borgésienne selon laquelle le « tango est bagarreur » et exprime « la conviction que le combat peut être une fête ». Dans cette pièce, elle a cherché à établir l’ordre à partir du chaos, à jouer sur l’ambivalence, à faire surgir dans un même jaillissement ce que l’on aurait pu croire incompatible : la violence dans l’affection, le désir dans la répulsion, la valse dans le tango… Contre toute attente.




Entretien avec Catherine Berbessou, chorégraphe

Pourquoi avoir consacré cette pièce, Valser, au tango ?
Initialement, je viens de la danse contemporaine où j’ai longtemps été danseuse dans la Compagnie Bouvier-Obadia. Puis, le hasard a fait que j’ai découvert le tango argentin en France et, très vite, je me suis rendue compte qu’il me fallait partir en Argentine, à Buenos Aires, pour l’apprendre véritablement. Puis, est venu ensuite le besoin de créer mes propres chorégraphies  : A Fuego lento, tout d’abord, puis Valser. Le tango, découvert à Buenos Aires, m’a fascinée par sa richesse humaine et technique. Aussi, ai-je voulu créer une pièce, non pas sur l’histoire du tango (thème souvent traité) mais sur les rapports entre l’homme et la femme, pour sortir des stéréotypes. Ce qui m’intéresse dans le tango, ce sont le climat et les humeurs que cette danse peut dégager, son espace au temps, sa musicalité et la relation entre l’homme et la femme.

Pourquoi choisir d’appeler un spectacle sur le tango, Valser ? La valse et le tango sont-ils si proches ? Ou est-ce plutôt pour dérouter le public ?
« Valser » a pour moi, ici, le sens de « faire valser », « faire valdinguer », « envoyer tout promener ». J’ai voulu jouer sur les contraires, sur des contraires qui ne s’excluent pas mais se complètent : sur la puissance et la fragilité, la fatigue et le réconfort. Entre arène et ring, j’ai voulu dire quelque chose dans un espace presque extérieur. Si je fais danser les danseurs dans la terre, c’est parce que la terre laisse des traces, des empreintes, des salissures, tout comme les coups durs de la vie. C’est une façon de casser les codes de la perfection, du propre, du policé, trop souvent liés au tango, et de dégager une puissance phénoménale. Valser ne raconte pas à proprement parler une histoire mais la pièce est faite de plusieurs couples qui se rencontrent et grâce auxquels je peux aborder les notions de violence, d’affection, d’intime, de groupe, d’ordre, de désordre, de fragilité, de puissance, d’animalité. La violence est omniprésente dans notre société, et notamment dans les rapports entre hommes et femmes. Cette violence est donc aussi présente dans le tango car les danses sont toujours un reflet de nos sociétés. Cette violence peut être très sournoise dans le tango, comme l’est la solitude des milongueras.

Propos recueillis par Carole Teulet








interview de Catherine Berbessou
(de gauche à droite : Isabelle Teruel et Federico Rodriguez Moreno, répétiteurs de Valser - Catherine Berbessou, chorégraphe)






photo © Delahaye