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16 avril 2014
VISAGES DE L’AMÉRIQUE


Après le XVIIIe siècle français et ses Motets versaillais, après les légendes anglaises et Benjamin Britten, après Bruckner et Verdi, le Chœur du Capitole nous amène aux États-Unis du XXe siècle sur les traces de Samuel Barber et Leonard Bernstein



Alfonso Caiani, chef du Chœur du Capitole

Pourquoi un tel choix ?
C’est d’abord pour affronter un répertoire que l’on ne fait pas trop souvent. Avec Frédéric Chambert, notre idée est de rester toute la soirée sur un répertoire américain, y compris celui de la comédie musicale. Pourquoi Samuel Barber ? Ce compositeur est surtout connu pour son fameux Adagio pour cordes, une oeuvre qu’il a écrite tout d’abord pour un quatuor, puis orchestrée pour un orchestre de cordes à la demande de Toscanini. Barber l’a transcrite ensuite pour voix sous forme d’un Agnus Dei, et depuis longtemps j’avais envie de me confronter à cette transcription. Mais il a aussi énormément composé pour le choeur des oeuvres d’une grande qualité. Les Chichester Psalms de Leonard Bernstein sont, par contre, devenus depuis longtemps un grand classique du répertoire choral religieux américain. C’est du rythme, du timbre, un peu comme un West Side Story sacré. C’est chanté en hébreux et cette musique fait appel à la mélodie hébraïque. J’ajoute, et ce n’est pas neutre, que c’est superbement écrit pour les voix.

En quoi la musique américaine diffère-t-elle de celle de la Vieille Europe ?
Très clairement les musiciens américains ont été beaucoup plus influencés par Igor Stravinski et Béla Bartók que par l’École de Vienne. C’est très important pour votre question de souligner ce fait. Tout le bouillonnement créatif musical de Darmstadt n’a pas traversé l’Atlantique. Barber est assurément un néoromantique dont la musique n’a rien à voir avec ce qui se créait en Europe à ce moment-là. Même si Bernstein est très influencé par le jazz, le courant tonal est toujours présent. Certes, Arnold Schoenberg a voyagé aux États-Unis pendant la guerre, mais il n’a influencé quasiment personne avec le système dodécaphoniste. Quant à l’écriture pour les voix, et concernant à nouveau Samuel Barber particulièrement, la référence à la tradition polyphonique européenne est totalement évidente. Cela dit j’aimerais bien un jour aborder les oeuvres chorales de Charles Ives.

West Side Story semble incontournable.
C’est un grand classique que j’adore depuis longtemps. J’étais déjà passionné d’opéra et la découverte de West Side Story par une troupe américaine au Castello Sforzesco à Milan dans ma jeunesse a été un vrai choc. En fait, Leonard Bernstein lui-même considérait West Side Story comme se trouvant à mi-chemin entre Broadway et le théâtre d’opéra. L’histoire lui a donné raison en cela que West Side Story a été chanté par de grands artistes lyriques tout en demeurant une comédie musicale. De plus l’oeuvre dramatiquement est originale car dans ce répertoire on avait pour habitude de finir sur un happy end. Ce qui était obligatoire pour les théâtres de Broadway et ce qui n’est pas vraiment le cas ici. Si le rythme est quelque chose de caractéristique dans cet ouvrage, par contre, pour le travail choral j’ai choisi des extraits qui s’inscrivent dans un certain cantabile. Il y aura America, mais à côté on pourra entendre Tonight, Maria, I feel pretty, etc. Bien sûr tout cela est écrit sur des rythmes de danse, mais c’est la mélodie qui règne sur ces morceaux. C’est un tout petit hommage qui me paraît bien conclure ce concert « américain ».



Propos recueillis par Robert Pénavayre

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