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3 avril 2015
concert du chœur

Le 21 mai au Théâtre du Capitole

Italia mia !

L’Italie, mère des arts, patrie de la musique - et de la musique vocale ! Avec quelques-uns des plus beaux chœurs d’opéras de Donizetti, Bellini ou encore Verdi, les plus célèbres compositeurs italiens du XIXe siècle, le Chœur du Capitole nous fera également découvrir la Messa di Gloria, chef-d’oeuvre du tout jeune Puccini qui n’avait pas encore composé d’opéra à l’époque.


Alfonso Caiani, direction musicale

Lorsque Puccini compose cette Messa di Gloria, il a 22 ans. Trouve-t-on malgré tout dans cette oeuvre des traits musicaux déjà caractéristiques de son art ?

Oui, même si son langage n’est pas tout à fait identique à celui que nous retrouverons dans ses premiers opéras comme Le Villi ou Edgar. Ce qui est incontestable, c’est la sensualité qui va être la signature de son art. Clairement Puccini essaie de recréer ici à certains moments l’atmosphère musicale entendue récemment dans Lohengrin de Wagner. Cette Messa est un travail de Conservatoire, certes, mais l’écriture orchestrale est déjà très équilibrée et bien supérieure à celle de Verdi au même âge. Ce dernier a dû beaucoup travailler en matière d’orchestration. Puccini, lui, est né musicien. À l’époque de la composition de cette Messa, sa pensée musicale est formée et précise, même si le style va plus tard s’affirmer.

Tout comme pour le Requiem de Verdi, dans cette oeuvre sacrée de Puccini peut-on parler d’une oeuvre liturgique ou bien plutôt d’une oeuvre lyrique sur un texte sacré ?

Je crois que dans la musique italienne, il n’y a pas de différence entre la musique sacrée et celle du théâtre. Souvenons-nous, sur ce sujet, que la mélodie de l’Agnus Dei de La Messe du Couronnement de Mozart est la même que celle du « Dove sono » de la Comtesse dans Les Noces de Figaro. Donc, le procédé n’est pas spécifiquement italien. De la même manière, la mélodie de l’Agnus Dei de cette Messa di Gloria est la même que celle du Madrigal de Manon Lescaut. Mais il faut bien reconnaître que les compositeurs italiens pensent opéra dès qu’ils écrivent une note de musique. N’oublions pas que l’opéra est né en Italie. N’oublions pas non plus qu’étudiant, le jeune Puccini est l’élève de Ponchielli, le compositeur de La Gioconda. S’il n’était pas né dans la patrie du mélodrame, Puccini aurait été un compositeur symphonique car sa maîtrise en la matière est bien supérieure à celle de ses confrères à cette époque-là.

Dans le programme de ce concert, vous avez également réuni Bellini, Donizetti, Verdi et Puccini pour un panorama de chœurs d’opéras. Quelles oeuvres avez-vous choisies et sur quels critères s’est effectuée leur sélection ?

Le titre de ce concert Italia mia ! donne presque la réponse. En fait j’ai sélectionné des pages célèbres de compositeurs italiens du XIXe siècle. J’ai choisi de représenter Bellini, Donizetti, Verdi et Puccini. Le programme s’ouvre avec le chœur d’entrée de Norma qui me semble bien introduire la dynamique dramaturgique de cette soirée, car c’est en même temps une grande marche. Ensuite, pour relier Bellini et Donizetti, ce sera Lucia di Lammermoor, un chœur de fête. Suivra une grande scène complète avec chœur, celle du début du 4e acte de Macbeth de Verdi, incluant l’air et la cabalette de Macduff interprétés ici par Stefano Ferrari. Le seul morceau instrumental nous servira d’entracte, ce sera le célébrissime Intermezzo de Cavalleria rusticana de Mascagni. Rappelons que ce compositeur a écrit un Ave Maria sur ce passage symphonique. Bien évidemment et dans un programme intitulé de cette manière, il y aura le « Va pensiero », extrait de Nabucco. La Maîtrise du Capitole participera, comme l’ensemble de la phalange chorale, à une grande page extraite de La Gioconda.

Giuseppe Verdi ne demeure-t-il pas le plus grand compositeur italien du XIXe siècle en matière chorale ?

Nous sommes bien d’accord là-dessus et voilà pourquoi il figure à deux reprises dans ce programme. D’ailleurs je pense que la grande scène de Macbeth que vous entendrez contient peut-être son chef-d’oeuvre en matière chorale, tant musicalement que dramatiquement. C’est très émouvant et somptueusement écrit.

Que cherchez-vous spécifiquement à obtenir des Chœurs du Capitole lorsqu’ils interprètent le répertoire italien ?

Chaque école musicale a des spécificités. Pour l’Italie, c’est une question de couleur et de caractère, les deux étant étroitement imbriqués. La manière de construire les voyelles est ici essentielle, tout en sachant que l’on ne chante pas de la même manière la Messa que les pages purement lyriques.


Propos recueillis par Robert Pénavayre

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