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26 mai 2015
Eh bien, dansez maintenant !


Du 24 au 28 juin à la Halle aux Grains

Deux ballets d’aujourd’hui

Quoi de plus opposé que le Nord et le Sud ! Il faut croire qu’en danse cette dichotomie n’a pas cours. En effet, Mauro Bigonzetti a beau être romain et Johan Inger, suédois, on retrouve, chez ces deux grands chorégraphes d’aujourd’hui, – même si le premier est parfois surnommé « le Forsythe latin » et que l’univers du second rappelle souvent celui de son homologue suédois, Mats Ek – de la passion, à la fois de la violence et de la douceur dans le geste, un sens de la théâtralité et une impétueuse énergie.

Cantata, de Mauro Bigonzetti, est une pièce débordante de vie, de joie, de dynamisme et de couleurs, sur des chants traditionnels du sud de l’Italie, interprétés sur scène par le groupe Assurd & Enza Pagliara. Avec une gestuelle viscérale et passionnée, Bigonzetti y scrute le relationnel entre hommes et femmes, fait de jeux de séduction, d’affres de la passion, de conflits… Hommage à la culture italienne méridionale et à sa tradition musicale, Cantata est « une éruption du Vésuve » qui lie intimement danse et musique. Une oeuvre dionysiaque.

Walking Mad, pièce d’une énergie fulgurante et d’un rythme effréné, a été inspirée à Johan Inger par une citation de Socrate qui dit que « les plus grands bienfaits nous viennent de la folie », et cette folie-là tient du génie.
Walking Mad place le chorégraphe suédois à mi-chemin entre son maître Jiří Kylián et Mats Ek, à qui il a d’ailleurs succédé pendant cinq saisons à la tête du Cullberg Ballet de Stockholm.
Avec un style très personnel et des images poétiques improbables, il nous parle des douloureuses choses de la vie, et notamment de la difficulté à aimer et donc, à vivre. Mais rien d’érotique dans le traitement des relations entre hommes et femmes car le Boléro de Ravel, sur lequel l’ouvrage est chorégraphié, porte en lui-même cet érotisme dont Johan Inger a voulu ici se détacher avec force. Avec son personnage principal à la Magritte, il nous présente l’homme comme un clown pathétique.


Portrait Johan Inger, chorégraphe

Enfant, Johan Inger ne s’est jamais projeté comme danseur. Ce sont ses parents qui l’ont inscrit à un cours de danse classique, voyant qu’il avait un potentiel artistique. Lui avoue qu’il lui a fallu du temps avant que la danse lui plaise vraiment : « Je considérais les cours de danse comme du sport. Entre garçons, nous adorions rivaliser pour savoir qui sauterait le plus haut ou qui ferait le plus de tours. Pendant longtemps, la danse a été cela pour moi. »
Une fois la passion venue, Johan Inger se perfectionne dans sa ville natale de Stockholm à l’École du Ballet Royal de Suède, puis à l’École du Ballet National du Canada. En 1985, il réintègre sa Suède natale pour un engagement au Ballet Royal. Il y reste cinq saisons jusqu’à ce qu’en 1990, il décide de franchir le pas et de tenter l’audition de la compagnie de Jiří Kylián, le Nederlands Dans Theater de La Haye, où il rêve de danser. Signe du destin, il est engagé. Très vite, il y devient un danseur d’exception, particulièrement charismatique, qu’il est impossible d’oublier lorsqu’on l’a vu danser les pièces du Maître tchèque. Johan Inger ne danse pas les ballets de Kylián, il les habite.
Trop « frustré » de n’avoir pas eu la possibilité de créer au Ballet Royal de Suède, les Ateliers chorégraphiques annuels du NDT vont lui permettre de donner libre cours à son inventivité, à son humour décapant et à son goût de la théâtralité. Après quatre pièces créées pour ces ateliers, Jiří Kylián lui-même lui demande une chorégraphie pour la compagnie junior, NDT II. Ce sera Mellantid, qui marquera son début officiel de chorégraphe. Dansé dans le cadre du Holland Dance Festival, ce ballet obtient de suite un grand succès et, en 1996, se voit attribuer le Philip Morris Finest Selection Award. En 2002, Johan Inger décide de mettre fin à sa carrière de danseur pour la direction artistique du Cullberg Ballet de Stockholm. Pour cette compagnie, il compose de nombreuses pièces, parmi lesquelles Home and Home, Phases, In Two, Within Now, As if, Negro con Flores, Blanco, Empty House, Point of Eclipse, Position of Elsewhere.
En 2008, il quitte la direction du Cullberg Ballet pour se consacrer entièrement à la chorégraphie.




Portrait Mauro Bigonzetti, chorégraphe flamboyant et passionné

Natif de la Ville éternelle, Mauro Bigonzetti aime à rappeler qu’il est né, en 1960, dans l’un des quartiers les plus ouvriers de Rome, à côté des studios de Cinecittà : « Les premières années de mon enfance sur l’Appio Tuscolano sont liées à la mémoire du contour d’un navire à l’horizon, que je voyais depuis notre balcon. Plus tard, j’ai su que c’était le paquebot d’Amarcord. L’émotion de ce monde fellinien, à seulement un jet de pierre de mon immeuble, est encore en moi aujourd’hui. »
À l’âge de onze ans, il entre à l’École de danse de l’Opéra de Rome pour, huit années plus tard, y être engagé comme danseur. Il y reste quatre ans ; après quoi, motivé par un désir d’expériences nouvelles, il part pour l’Aterballetto, à Reggio-Emilia, alors dirigé par Amedeo Amodio. Il se produit dans toutes les chorégraphies du répertoire de cette troupe. Les collaborations qui l’ont alors le plus marqué, ont été celles avec Alvin Ailey, Glen Tetley, William Forsythe et Jennifer Muller.
En 1990, il crée sa première chorégraphie, Sei in movimento, sur une musique de Jean-Sébastien Bach. Mais ce n’est que quelques années plus tard, en 1993, qu’il décide de s’exprimer exclusivement par le vocabulaire chorégraphique. Il quitte alors Aterballetto pour Florence où il est, à la fois, chorégraphe résident du Ballet de Toscane et chorégraphe indépendant. C’est l’époque où il crée Pression (1994), Le Mandarin merveilleux (1996), Don Juan (1996)…
En 1997, Aterballetto lui propose le poste de directeur artistique et de chorégraphe principal, qu’il accepte aussitôt. Avec Federico Grilli, le Président d’Aterballetto, il crée un nouveau répertoire et une nouvelle compagnie, et ce jusqu’en 2008. En effet, à cette date, il reste chorégraphe principal mais la direction artistique est confiée à la fondatrice et ancienne directrice du Ballet de Toscane, Cristina Bozzolini.
Depuis 2012, il a repris son travail de chorégraphe indépendant. Ses oeuvres les plus importantes sont Songs, Persephassa, Furia Corporis, Comoedia Canti, Le Songe d’une nuit d’été, Cantata, Rossini Cards, Vespro, Les Noces, Psappha, Orma, WAM, Roméo et Juliette, I Fratelli, InCanto dall’Orlando Furioso, Terra, Come un respire, Certe Notti, Le Sacre, Canto per Orfeo… et font partie du répertoire des plus grandes compagnies de ballets du monde.
Influencé par le postclassicisme de Forsythe, certains critiques de danse l’ont même baptisé le « Forsythe latin », il développe un style plastique et acrobatique privilégiant l’énergie et la vitesse. Néanmoins, son style est unique qui fait côtoyer vocabulaire classique et technique résolument moderne.

Informations

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