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9 décembre 2014
ENTRE DEUX

Du 15 au 18 janvier à la Halle aux Grains



Kader Belarbi, Directeur de la danse


Vous avez décidé de reprendre le ballet À nos Amours que vous aviez créé pour le Ballet du Capitole en 2010, pourquoi ?

C’est un ballet que j’ai créé spécifiquement pour les danseurs du Ballet du Capitole avant ma nomination comme directeur de la danse du Théâtre du Capitole. J’ai souhaité le reprendre afin de l’intégrer dans le répertoire de la compagnie car, à l’époque de sa création, cette pièce avait reçu l’enthousiasme des danseurs et du public. La reprise d’un ballet permet aux danseurs de le nourrir différemment de la première approche, consciemment ou inconsciemment. Pour certains danseurs, ce sera l’occasion d’une prise de rôle. En outre, la légèreté de la scénographie et la courte durée de la pièce sont idéales pour l’inscrire dans les tournées du Ballet.

Lorsque vous reprenez une pièce, apportez-vous des changements à la chorégraphie ou la reprenez-vous telle quelle, sans rien en changer ?

Personnellement, je n’aime pas rester figé sur la première inscription d’une création. Je fonctionne comme un peintre. J’aime bien l’idée d’inachevé et de pouvoir ré-agencer et affiner selon la correspondance des danseurs, qu’ils soient « vierges » ou déjà interprètes de l’œuvre. C’est comme cela que nous restons vivants ensemble, autour de la réinterprétation des œuvres.

Avec À nos Amours, quel est votre message ?

Je n’aime pas trop l’idée de transmettre un message. Je préfère que chacun soit libre de recevoir et de lire les choses à sa manière. Dans À nos Amours, je souhaite évoquer simplement l’idée de trois temps de l’amour à travers trois visages de couples qui n’en font qu’un. Apparaissent, au travers de la symbolique d’un couple, trois âges de la vie : la jeunesse, l’âge adulte et la vieillesse. Il s’agit de la rencontre impossible de l’un et de l’autre des partenaires, à travers l’épaisseur de l’amour, à différents temps de l’existence. Nous sommes bien dans l’entre d’eux.

Pour cette pièce, vous avez choisi des compositeurs peu joués aujourd’hui, comme le Hongrois Zoltán Kodály et Reynaldo Hahn. Pourquoi ce choix ?

Les compositeurs Arvo Pärt, Gabriel Fauré, Zoltán Kodály et Reynaldo Hahn sont quatre couleurs et atmosphères musicales différentes où la musique glisse sous la peau des personnages.
La force expressive des instruments sert les accents romantiques et les violences passagères autant que les inventions mélodiques et les raffinements harmoniques de chacun. Ce qui les relie, c’est le souhait de mettre en présence deux instruments : un piano et un violoncelle comme un dialogue dans un couple. À la création, il m’importait beaucoup que la musique d’À nos Amours soit interprétée en Live par une pianiste et un violoncelliste. Sa reprise, par contre, se fera à la bande comme l’ensemble de la soirée de ballets.

Pourquoi avoir choisi de programmer le duo d’Eden de Maguy Marin ?

Quand j’invite un chorégraphe, il s’agit pour tous d’une rencontre. Si cette rencontre a été enrichissante, je désire prolonger un premier travail pour aller plus loin dans l’échange entre le chorégraphe et la compagnie, ce qui crée un lien et une forme de fidélité. Eden suit l’entrée au répertoire de Groosland et devient une logique de continuité de travail avec Maguy Marin. Ce duo correspond aussi à la thématique de la soirée.

Cette pièce a près de 28 ans. Pensez-vous qu’elle puisse encore parler au public d’aujourd’hui ?

Il y a des œuvres qui s’inscrivent dans le temps, le duo d’Eden en fait partie. Le mythe originel d’Adam et Eve apparaît bien de manière intemporelle à travers ces deux corps qui nous parlent. Le corps à corps d’un homme et d’une femme démontre le contact intime de ce que l’on appelle en danse, l’adage, un mouvement long et continu partagé entre deux corps. Ici, la femme se lie et se délie sur le corps de l’homme comme une liane sans jamais toucher terre. Il est question d’un accord entre deux.




Propos recueillis par Carole Teulet

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