Liens d'évitement



15 décembre 2014
ENTRE DEUX

Du 15 au 18 janvier à la Halle aux Grains

les mystères de l’amour

Cette soirée baptisée Entre deux se compose de trois pièces, de facture contemporaine, qui tentent de décrypter les liens qui se tissent, se nouent ou se dénouent entre les êtres, et plus particulièrement dans le couple.


À nos amours par le Ballet du Capitole, février 2010. ©David Herrero

C’est en février 2010, alors qu’il n’est pas encore directeur du Ballet du Capitole, que Kader Belarbi crée À nos Amours pour la compagnie toulousaine. En quatre ans, la compagnie a beaucoup changé et, lors d’une reprise, Kader Belarbi aime à ré-agencer sa pièce, l’affiner, la remettre sur le travail. Dans À nos Amours, les trois âges de la relation de couple sont évoqués : de l’embrasement des sentiments de la jeunesse à la tendresse de la vieillesse, en passant par la passion et les déchirements de la maturité. Trois cages de verre mobiles, comme autant de bulles de temps, figurent l’univers conjugal d’un couple à trois âges de la vie, sur des musiques pour violoncelle et piano de Gabriel Fauré, Reynaldo Hahn, Zoltán Kodály et Arvo Pärt.

Après l’expérience très concluante de Groosland de Maguy Marin, la saison dernière, Kader Belarbi a souhaité poursuivre une collaboration avec la chorégraphe toulousaine. C’est le duo d’Eden qui a été retenu. Maguy Marin cherche à y évoquer le jardin d’Eden, d’où le titre de la pièce, l’amour originel, le temps de l’innocence, au son de cascades et d’orages. L’homme y empoigne la femme qui s’abandonne, pendant treize minutes, sans presque toucher terre. Fusion totale de deux êtres qui deviennent un pour ne plus se défaire, dans un duo intemporel.

Noces du Belge Stijn Celis est une interprétation très personnelle de celles de Bronislava Nijinska, créées pour les Ballets Russes en 1923. Pour le chorégraphe, le rituel de ces noces paysannes russes est une occasion de critiquer la tradition du mariage arrangé où la promise, pareille à une poupée de chiffons, se laisse manipuler sans rien dire et n’a pas du tout voix au chapitre, à un moment aussi crucial de sa vie. Sur la puissante partition de Stravinski, mélange unique de rusticité truculente, d’humanité profonde et de foi religieuse, c’est à la fois à une parade nuptiale et à un combat que se livrent les mariées, toutes de blanc vêtues, et les mariés, en traditionnel costume noir. À grand renfort de déhanchements et de mouvements de bassin racoleurs, de sauts rageurs et de gestes répétitifs et saccadés, qui exploitent avec pertinence les rythmes complexes et changeants de la partition, ce ballet expressionniste, d’une beauté austère, n’est pas sans rappeler Le Sacre du printemps. Par la partition d’abord, tonitruante, barbare et implacable, et surtout par la thématique, ces noces rituelles n’étant en somme que le sombre sacrifice de la vierge sur l’autel de la religion et des convenances sociales. Noces fait songer à ces danses balkaniques interprétées sur l’intensité délirante des orchestres de cuivres des mariages serbes. Un petit air à la Kusturica.

Informations