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26 janvier 2015
La Reine morte


La Reine morte, de Montherlant à Belarbi

Pour La Reine morte, ballet qu’il a créé en 2011 pour le Ballet du Capitole, Kader Belarbi s’est inspiré de la pièce de théâtre éponyme de Montherlant mais aussi des récits historiques, toujours très vivaces au Portugal, sur Don Pedro et Inès de Castro, sans oublier une pièce du dix-septième espagnol de Luis Velez de Guevara, Reinar después de morir (Régner après sa mort).


Maria Gutierrez dans le rôle d’Inès de Castro, La Reine morte, Ballet du Capitole, octobre 2011. ©David Herrero


C’est d’ailleurs de cette pièce du Siècle d’Or qu’est parti Henry de Montherlant pour écrire sa Reine morte. Jean-Louis Vaudoyer, alors administrateur général de la Comédie-Française, voulait monter une oeuvre de l’homme de lettres dans son théâtre. Appréciant la production de Montherlant et connaissant son intérêt tout particulier pour la littérature espagnole, il lui remit, en 1941, trois volumes d’anciennes pièces espagnoles afin que Montherlant les traduisît. Après de nombreux atermoiements, la lecture de Régner après sa mort convainquit Montherlant de l’adapter, à condition de refaire presque entièrement la pièce espagnole, en ne conservant que quelques éléments de son armature. Ce que Vaudoyer accepta et le 8 décembre 1942, ce fut la création de La Reine morte à la Comédie-Française, dans une mise en scène de Pierre Dux, avec notamment dans la première distribution, Madeleine Renaud (Inès de Castro), Renée Faure (l’Infante), Jean Yonnel (Ferrante) et Julien Bertheau (Don Pedro)…
Dans cette difficile période d’Occupation, l’accueil de la pièce fut plutôt tiède et laissa à Montherlant lui-même le souvenir d’une « dominante d’aigreur ». Mais, « une fois sortie de la zone des confrères, l’oeuvre, livrée au public, prit son cours naturel et vogua heureusement ». Depuis lors, son succès ne s’est jamais démenti.
La Reine morte, pour être la première pièce de Montherlant, n’apparaît pas moins comme la plus parfaite réalisation de ses principes dramaturgiques, qu’il s’agisse de la construction dramatique, de la conception des personnages ou du flamboiement du langage. La signification de ce drame tient tout entière dans la chute d’un homme faible (le roi du Portugal, Ferrante) sous ses airs de grandeur, et en qui le sens de l’humain est perverti par le pouvoir et la solitude. Pour Montherlant, Ferrante est un « terrible roi Lear… Sa tragédie est celle de l’homme absent de lui-même, de l’homme qui ne croit plus à ce qu’il fait ».
Kader Belarbi s’est emparé de cette bouleversante histoire pour réaliser un long ballet narratif, très cinématographique. Avec une chorégraphie qui fait la part belle au langage néoclassique, une partition savamment composée d’extraits d’oeuvres de Tchaïkovski, des décors, des costumes et des lumières d’une grande pertinence, il nous révèle toutes les beautés et les ciselures de ce « poignard au manche damasquiné, noir et or ».



La véritable histoire d’Inès de Castro

Nous sommes au Portugal, en 1340. Dom Pedro, prince héritier de la couronne portugaise, épouse, contraint et forcé par son père le roi Alphonse IV de Portugal, Constance de Castille dont il aura trois enfants. L’infant n’a aucun sentiment pour cette princesse et la situation va se compliquer avec la présence à la cour d’une dame d’honneur de son épouse, la Galicienne Inès de Castro. Dom Pedro a vingt ans, Inès de Castro, quinze. La passion inéluctable et fulgurante qui les unit dès le premier regard est bien sûr désapprouvée par leur entourage. Car Inès n’est pas portugaise, et ses deux frères, Alvaro et Fernando, sont de proches amis de Dom Pedro. Les nobles portugais craignent que l’infant ne se laisse influencer par le parti castillan : Castille et León étaient alors les deux ennemis les plus redoutés du Portugal. Lorsque Constance meurt en donnant naissance à son troisième enfant, les relations entre Dom Pedro et son père ne vont aller qu’en se dégradant. Dom Pedro refuse tout remariage politique et entend vivre au grand jour son amour pour Inès. Alphonse IV décide de faire assassiner Inès de Castro par trois de ses sbires, le 7 janvier 1355. À la mort de son père, en 1357, Dom Pedro devient le roi Pierre Ier. Il fait retrouver les assassins d’Inès et déclare qu’elle était son épouse. En 1361, la dépouille d’Inès est transférée au monastère de Santa Maria d’Alcobaça dans un magnifique tombeau de marbre blanc, après que le squelette a été revêtu de vêtements royaux, assis sur le trône pour que les nobles viennent un par un lui baiser la main.

Informations

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