Liens d'évitement



22 décembre 2014
Tristan et Isolde



Nicolas Joel, metteur en scène


En 2007 vous avez signé, à tous les sens du terme, le retour du chef-d’œuvre wagnérien sur la scène du Capitole. Quel souvenir en gardez-vous ?

J’ai le souvenir d’un spectacle dans lequel j’ai réussi à mettre sur scène des éléments qui m’ont toujours fasciné à l’audition de Tristan et que j’ai rarement vus sur scène, je parle des éléments de nature cosmique que j’entends autant dans la musique que dans le texte. Je veux parler plus particulièrement de la mer et de la nuit. Je trouve que ce spectacle donne à voir tout cela de façon moderne et convaincante à la fois. D’ailleurs je tiens à souligner ici la prouesse technique des techniciens du Capitole pour ce premier acte, qui se passe sur une scène articulée entièrement mouvante à l’image des vagues.

Il est difficile de « classer » les œuvres de Richard Wagner en termes d’intérêt tant elles sont toutes passionnantes et fascinantes. Malgré cela beaucoup de mélomanes tendent à mettre Tristan au-dessus de toutes les autres œuvres du Magicien de Bayreuth. Quelle est votre réflexion sur ce point ?

La fascination qu’exerce Tristan et Isolde est très compréhensible, ne serait-ce que le fameux « accord de Tristan » sur lequel débute le prélude et ensuite l’exaltation de la nuit d’amour du deuxième acte. Ce sont pour tout mélomane non seulement des points de repères mais aussi une véritable expérience dans une vie d’amoureux d’art lyrique. Personnellement j’ai une tendresse particulière et sans borne pour Les Maîtres chanteurs de Nuremberg. Mais ce qui est indiscutable, c’est l’importance de Tristan dans l’histoire universelle de la musique.

Alors que le moment est venu de reprendre cette production, pensez-vous modifier quoi que ce soit ?

J’ai pour habitude de régler mes mises en scène en fonction des chanteurs que j’ai à ma disposition. Ce sera bien sûr le cas pour ces reprises de Tristan et Isolde au Capitole.

Il est commun d’entendre évoquer une certaine décadence du chant wagnérien. Que pensez-vous d’une telle affirmation et ne pensez-vous pas qu’il conviendrait d’être un peu plus nuancé dans ce genre de propos ?

Vous avez raison, il s’agit d’être un peu nuancé lorsqu’on prétend pareille chose. Je crois surtout qu’il ne faut pas employer le terme de décadence. Tout cela résulte du hasard de l’existence. Il y a eu entre les années 20 et 60 du siècle passé des équipes de chanteurs wagnériens incroyables. Mais c’était le fruit du hasard. Par exemple le hasard de la naissance, qui faisait naître une Kirsten Flagstad et une Birgit Nilsson d’une génération à l’autre. Et je peux vous citer bien d’autres exemples. Ce hasard se reproduira certainement. Ce qui compte, c’est que les théâtres continuent de programmer Wagner. Si je puis dire, la nécessité crée l’organe. Cela dit, c’est vrai qu’il existe une véritable typologie vocale wagnérienne, en particulier pour les registres aigus, celui de la soprano et du ténor, qui doivent répondre aux exigences de ce qu’on appelle les « dramatiques ». Mais il y a aussi des nuances et l’on peut également considérer qu’Isolde et un grand lyrique. En tout état de cause, je ne crois pas du tout à cette histoire de décadence.

Il est parfois convenu de dire que tel ou tel opéra est avant tout une affaire de chef, ou de metteur en scène, ou de chanteurs. Comment cela vous fait réagir concernant Tristan ?

En l’occurrence, ici il faut les trois. Mais il est évident on ne peut pas jouer Tristan sans un orchestre et un chef de premier niveau. Sur cette question je tiens à dire qu’un théâtre lyrique se doit d’avoir un orchestre de tout premier plan sinon ce n’est pas un théâtre lyrique capable d’affronter toutes les musiques et tous les répertoires. C’est fort heureusement le cas du Théâtre du Capitole et de son magnifique Orchestre. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai présenté tous les Wagner dans ce théâtre à l’époque où j’en étais le directeur artistique. J’ai opéré de la même manière à l’Opéra de Paris en recrutant un directeur musical (ndlr : Philippe Jordan) dans l’optique de lui faire diriger un Ring complet à la tête d’un orchestre somptueux.



Propos recueillis par Robert Pénavayre le 20 novembre 2014

Informations