Liens d'évitement



26 mai 2015
Turandot


Du 19 au 30 juin au Théâtre du Capitole

Princesse de la cruauté

Pour son ultime opéra, Puccini choisit un sujet très différent de ceux qui avaient fait sa célébrité. Turandot est en effet aux antipodes du « vérisme », ce naturalisme à l’italienne qui cherchait à ancrer les oeuvres dans le quotidien et l’immédiateté de l’histoire contemporaine. Ici, Puccini se nourrit d’un conte chinois popularisé au XVIIIe siècle par le dramaturge italien Carlo Gozzi (1720-1806). Mais attention : ce conte est un conte cruel ! La princesse Turandot est une sanguinaire, qui se repaît du sang de ses prétendants, dont elle aime à voir couper les têtes. Elle justifie cette attitude face aux hommes par l’histoire de son ancêtre, Lou-ling, violée et tuée par un prince étranger. Mais la princesse n’est pas le seul personnage cruel de cette histoire : tout le monde regarde en effet la servante Liu mourir sous la torture, alors qu’elle refuse, par amour, de livrer le nom de son maître. Pour redonner toute sa force à cette histoire trop souvent affadie par des lectures uniquement pittoresques, jouant du folklore de la Cité interdite et des ors de l’Empire du Milieu, Calixto Bieito, metteur en scène bien connu pour son travail sur les grands chefs d’oeuvre du répertoire, revisite le dernier rêve musical de Puccini.

Le sujet
Dans une Chine imaginaire, la jeune princesse Turandot, célibataire, attire toutes les convoitises. Pour s’assurer un époux digne d’elle, elle impose à ses prétendants de répondre à trois énigmes. Une seule erreur est alors fatale : le prétendant malheureux sera décapité en place publique. Un prince inconnu arrive justement à Pékin et, malgré son dégoût affiché pour la cruauté de la princesse, il tombe lui aussi sous son charme quand il la voit paraître, et décide de relever le défi.


Entretien avec Stefan Solyom, direction musicale

Votre répertoire est très vaste, de Mozart et Rossini jusqu’à la musique contemporaine.

J’aime en effet aller et venir, surtout au sein du répertoire romantique. Et pour ce qui est de l’opéra, j’avoue avoir un faible pour Puccini, qui est peut-être en ce domaine mon compositeur de prédilection.

Justement, pourriez-vous nous parler de sa musique, de ce qui la rend si particulière ?

La musique de Puccini était, je pense, volontairement rétive à la modernité telle que la comprenaient ses contemporains. Il savait très exactement comment fasciner ses auditoires, et c’est cela qui l’intéressait. Ce qui ne l’a pas empêché d’instiller çà et là de la modernité dans son écriture, mais de manière délicate, mesurée.

Pour ce qui est de Turandot, n’avez-vous pas l’impression que Puccini y tourne un peu le dos à ce fameux « vérisme  » qui le caractérisait jusqu’alors ?

Turandot est, je pense, assez différent des opéras qui l’ont précédé en effet, ne serait-ce que parce que c’est une fable, justement, et non une histoire basée sur des faits réalistes, concrets, avec des personnages auxquels le public peut éventuellement s’identifier par quelque proximité sociale, temporelle… On est ici dans la légende, avec cette Princesse cruelle, sanguinaire, ce Prince inconnu, sans nom. Et les trois serviteurs Ping, Pang et Pong, sont typiquement des personnages de féerie. Cela n’empêche pas Puccini de traiter cette matière d’une manière « réaliste », mais en effet, on ne peut vraiment pas parler de « vérisme » ici.

Vous pensez que l’écriture de Puccini a évolué depuis ses premiers essais – vous êtes un des rares chefs d’orchestre à avoir dirigé Le Villi, son premier opéra (1884).

On ne peut nier qu’il y a dans Le Villi des pages annonciatrices de ce que Puccini fera par la suite. Cela s’entend autant dans la manière d’écrire et de développer ses mélodies et dans le matériau harmonique que dans le traitement de l’orchestre. Son art de l’orchestration s’est développé de manière considérable au moment où il écrit La Bohème (1896) et Tosca (1900) par exemple. Et ne parlons pas de l’orchestre qu’il déploie dans Turandot, qui est un pur chef d’oeuvre d’orchestration.


Propos recueillis par Jean-Jacques Groleau

Informations