Liens d'évitement



27 mai 2015
Turandot

Votre répertoire est très impressionnant. Il s’étend de Henry Purcell (1659-1695) à Toshio Hosokawa (né en 1955), soit quatre siècles de créations lyriques vous faisant fréquenter des compositeurs tels qu’Alban Berg, W. A. Mozart, Giacomo Puccini et Giuseppe Verdi entre autres, sans oublier Tomas Breton et Francisco Barbieri qui ont composé quelques chefs d’oeuvre de la zarzuela. Spontanément, vos goûts personnels vous attirent vers quel répertoire ?

J’ai un goût musical très étendu. Evidemment certaines oeuvres me passionnent alors que j’éprouve de petites phobies pour d’autres. Mais la musique en général et l’opéra plus particulièrement occupent tous les jours une part importante de ma vie. En fait je ne saurais comprendre la vie sans musique. Concernant le répertoire qui m’attire le plus, je crois que c’est le plus avant-gardiste du XXe siècle.

Depuis vos premiers pas, ou presque, dans le monde de l’opéra en 1999 avec la Carmen qui permettait d’entendre le premier Don José de Roberto Alagna à Peralada, votre vision du monde lyrique a-t-elle changé ? Ou bien est-ce le monde lyrique qui a changé ?

Quand j’ai signé la production de Carmen à laquelle vous faites référence, je connaissais déjà un grand nombre d’oeuvres du répertoire lyrique. La musique et l’opéra ont occupé une part importante de ma vie d’enfant. Chez moi, nous écoutions souvent les grands compositeurs. Avec mes parents et mon frère, nous passions de grands moments avec les chefs d’oeuvre du répertoire. Quand j’ai monté Carmen à Peralada, j’étais ignorant de tout ce qui tournait autour de l’opéra : le public, les grands amateurs, le contexte en général. J’avais seulement des connaissances académiques. Je ne sais pas si le monde de l’opéra est en train de changer. Mais je crois que oui.

Vous êtes aujourd’hui connu et recherché pour vos conceptions radicales des œuvres que vous mettez en scène. Est-ce carrément une volonté délibérée ou bien, plus simplement, une intuition spontanée ?

Il s’agit d’une intuition, d’une nécessité d’exprimer une pensée, des idées et des émotions d’aujourd’hui. Je ne peux travailler autrement. Je suis quelqu’un d’aujourd’hui.

Ces productions décalées dont vous êtes l’un des auteurs ne sont-elles pas une bouée de sauvetage pour un art dont la vision générale est plutôt muséale ?

L’opéra mérite d’être considéré comme un art actuel et j’ose même dire de demain. Tout le reste s’apparente à des manipulations élitistes éloignées de la volonté du compositeur et destinées à une consommation banale sans lendemain. L’opéra est un art vivant, comme le cinéma, la photographie, la peinture, la littérature…

Si vous deviez admirer un réalisateur de cinéma, ce serait lequel et pourquoi ?

Il y en a beaucoup. Le cinéma a une grande influence dans mon travail. Je citerai tout de même Luis Buñuel, Andrej Tarkovski, Stanley Kubrick, Carl Theodor Dreyer. Et Requiem pour un massacre, le film que tourna Elem Klimov en 1985.

Les chanteurs adhèrent-ils naturellement à ce que l’on peut qualifier, parfois, de relecture dramaturgique des oeuvres, ou bien vous arrive-t-il d’affronter de véritables oppositions ?

Non, pas vraiment. Cela est très étrange, bizarre de se trouver face à un problème avec des chanteurs car j’adore travailler avec eux.

Revenons à Puccini. Que vous dit aujourd’hui la fable de Carlo Gozzi dont se sont inspirés les librettistes de l’opéra de Giacomo Puccini ?

C’est une très belle fable qui parle de peur, de beauté et de pouvoir.

De nombreux metteurs en scène rêvent de s’affronter un jour au Ring wagnérien. Quel est l’opéra qui pourrait hanter votre esprit ?

Heureusement pour moi, et j’ai de la chance, il y a beaucoup, beaucoup d’opéras que j’adore et que je souhaite mettre en scène. J’espère ne jamais en terminer et de toujours rencontrer des ouvrages qui provoquent mes sens et mes envies.


Propos recueillis par Robert Pénavayre