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17 février 2016
Le Roi David


« L’Éternel est mon berger »

Entretien avec Alfonso Caiani, chef du Choeur

Quelle est l’histoire racontée par cet épisode de l’Ancien Testament ?
C’est l’histoire de David selon la Bible, sa jeunesse, son accession à la royauté et bien sûr à son statut de prophète. Sans oublier l’épisode célèbre de son combat contre Goliath.

Cet ouvrage d’Arthur Honegger est intitulé « Psaume symphonique », comment définir cette forme musicale ?
En fait cette oeuvre à la forme d’un oratorio, sauf que l’on garde cette dernière appellation pour les oeuvres importantes, à grands effectifs, telles qu’écrites par Bach et Haendel. Ce qui caractérise cet ouvrage ce sont les numéros séparés qui le composent. Cette structure très particulière vient de ce qu’à l’origine cette musique était une musique de scène pour accompagner une pièce de théâtre. Quant au qualificatif symphonique, il est un peu bizarre dans la mesure où, justement, les numéros sont bien séparés les uns des autres. Ces épisodes, et il y en a 27, sont parfois très courts, ce sont des fanfares, des récits, et tout cela n’a rien qui puisse faire penser au découpage symphonique classique. Sans parler d’accompagnement pur et simple tout de même, c’est presque de la musique de film, sans que cela soit péjoratif évidemment.

Lors de la création en 1921, la partie musicale comprenait 17 instruments et une centaine de choristes. L’ouvrage par la suite a été remanié par deux fois. Quelle version présentez-vous ?
Nous faisons la version originale telle que le compositeur en a reçu la commande en 1921. Il y avait beaucoup de choristes car le choeur réuni à l’occasion de la création était un choeur amateur, ceci explique peut-être pourquoi la partition chorale a été jugée difficile d’interprétation lors de la première. Au sujet de la partie purement musicale, j’aime à rappeler cette anecdote. Arthur Honegger était inquiet du petit nombre d’instrumentistes mis à sa disposition. Il en parla avec Stravinsky qui lui répondit : Faites comme si vous aviez voulu cet ensemble réduit. Et la contrainte disparut grâce à son immédiate appropriation par le musicien. Côté effectif, nous présentons nos 45 choristes, cela est suffisant car l’écriture n’est pas spécialement complexe et il y a beaucoup d’unissons. L’effectif de la création s’explique par « l’amateurisme » des choristes. De toute manière la formation orchestrale étant réduite, même si elle est surtout composée de cuivres, cela ne demande pas de puissance particulière de la part de la phalange chorale pour se faire entendre. Une centaine de choristes professionnels couvriraient largement la musique.

Dans cette partition, il est aisé d’entendre de lointains échos de Fauré, Debussy, Stravinsky, ou encore Haendel dans la richesse de la polyphonie. Comment peut-on qualifier, ou classer, la musique d’Honegger ?
L’harmonie et la couleur sont les caractéristiques de la musique impressionniste. Le contrepoint de la forme classique a quasiment disparu, sauf peut-être chez Fauré. Honegger revient au contrepoint tout en gardant l’harmonie et la couleur de l’impressionnisme. En cela il utilise l’héritage de ses maîtres tel que Bach l’avait fait à son époque.

Comment travaille-t-on, en tant que chef d’orchestre, avec des comédiens ? Nous aurons un comédien effectivement. Pour répondre à votre question, je dois vous parler de mon expérience personnelle en la matière car j’ai beaucoup travaillé avec des comédiens par le passé, notamment avec Laura Marinoni que vous connaissez peut-être car elle joue, entre autre, dans Le Hussard sur le toit, le film de Jean-Paul Rappeneau sorti en 1995. Le théâtre et ses comédiens m’attirent beaucoup et font partie aussi de ma formation. Evidemment, il est hors de question que je le dirige car cela n’est pas indiqué dans la partition. Si Arthur Honegger l’avait souhaité, il l’aurait noté, autant en termes de rythme que de hauteur de son. Ce n’est pas le cas. Donc nous allons parler ensemble j’imagine, et je prendrais certainement beaucoup de lui.

C’est la première fois que vous dirigez cette partition ?
Oui. Je ne connaissais l’oeuvre que de nom avant. J’ai eu un vrai coup de coeur avec la Jeanne d’arc au bûcher et j’ai immédiatement souhaité faire une autre oeuvre chorale d’Arthur Honegger.




Propos recueillis par Robert Pénavayre, novembre 2015