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1er février 2016
Les Fêtes vénitiennes

Entretien Robert Carsen, metteur en scène

Les Fêtes vénitiennes est l’un des chefs-d’œuvre de l’opéra-ballet. C’est la première fois que vous abordez ce genre si particulier ? Quelle a été votre réaction lorsque cela vous a été proposé ?

En fait je ne suis pas totalement étranger à ce répertoire car j’ai déjà monté l’Armide de Lully ainsi que Les Boréades et Platée de Rameau, ce dernier ouvrage étant une comédie-ballet. Pour en revenir à ces Fêtes vénitiennes, je dois dire que le développement de la conception de l’œuvre est très moderne car, vu le succès de la première, Campra a composé beaucoup d’autres Entrées, 9 au total, et donc impossibles à représenter toutes dans le cadre d’une même soirée. Le choix du couplage de ces Entrées dans un spectacle en fait une œuvre unique chaque fois. Alors, bien sûr, si chacune de ces Entrées traite d’une histoire différente, tout tourne cependant autour d’une vision de Venise comme lieu de fête. Presque systématiquement, une intrigue amoureuse structure la dramaturgie de toutes ces Entrées. À cela il convient d’ajouter la thématique du jeu qui se décline en jeu d’argent et jeu amoureux autour de la notion de chance. Venise, à cette époque, était le playground de l’Europe, ce n’était pas un lieu de tourisme de masse comme aujourd’hui. En tout état de cause, c’est assez particulier de travailler sur un opéra dans lequel les actes n’ont, a priori, rien à voir les uns avec les autres.

Dans la mesure où il n’est pas possible de donner l’intégralité de ce que Campra et son librettiste Danchel ont écrit sous le titre des Fêtes vénitiennes, comment avez-vous établi la structure de cette soirée en un Prologue et trois Entrées ? Pourquoi ce choix ?

Nous avons choisi en commun, outre le Prologue, les trois Entrées suivantes  : Le Bal, Les Sérénades et les Joueurs, enfin L’Opéra. Ce choix s’est porté sur leurs qualités intrinsèques tant du point de vue dramatique que musical. Ces trois Entrées nous semblent les plus parlantes aujourd’hui, les plus éloignées de l’anecdote, les plus ouvertes à l’interprétation, en un mot les plus excitantes.

Quels ont été vos rapports avec le chorégraphe Ed Wubbe dans cette production ?

En fait, il n’avait jamais chorégraphié d’opéra, il était donc ravi à l’idée de cette expérience. Sa compagnie, le Scapino Ballet Rotterdam, a plus de 70 ans d’existence et comprend des danseurs venus du monde entier. Ce n’était pas facile pour Ed car il a plutôt l’habitude de créer des œuvres, alors qu’ici, il se trouve devant une dramaturgie existante. De plus, avec ses danseurs, il s’est trouvé sur un plateau dont l’espace était déjà bien occupé par des chœurs et des chanteurs solistes, ce qui était nouveau pour eux. Je dois vous dire qu’il n’a pas du tout essayé de faire une quelconque reconstitution historique. Sa chorégraphie ici est totalement moderne.

Votre répertoire est gigantesque. Cependant, y a-t-il encore des opéras qui vous font rêver pour ne pas les avoir mis en scène ?

Absolument ! Et chaque fois que l’on me pose cette question je donne toujours la même réponse : The Rake’s Progress de Stravinski. Cela fait très longtemps que je voudrais monter cet ouvrage. Il y a aussi des opéras d’Haendel que je n’ai pas encore mis en scène et que j’adore. Je souhaiterais ajouter également des opéras de musiciens que le régime nazi qualifiait de « dégénérés », qu’ils s’appellent Krenek, Korngold ou encore Schreker. Mais il y a aussi des Mozart que je n’ai pas abordés à la scène et je pense plus particulièrement à Così fan tutte, c’est le seul de la trilogie Da Ponte qui me manque. Mais permettez-moi à présent d’ajouter ceci. Dans la période que nous traversons et plus particulièrement avec ce qui vient de se passer à Paris le 13 novembre dernier, le spectacle vous rappelle que la vie est un don précieux. Je suis persuadé que les arts, dans leur ensemble, sont un fabuleux témoignage car ils expriment bien ce que l’Homme est capable de créer. Après nous c’est ce qu’il restera. Je reconnais avoir beaucoup de chance de travailler dans ce domaine. Je fais aussi mon métier pour partager avec les autres.


Propos recueillis par Robert Pénavayre, novembre 2015
Retrouvez l’intégralité de l’entretien dans le programme de salle.




photo © Felipe Sanguinetti

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