Liens d'évitement



29 mars 2016
Paradis perdus

Entretien
Kader Belarbi, chorégraphe et scénographe

Comment s’est passé le travail préparatoire pour ce vaste projet ?
Pourquoi ce programme intitulé Paradis perdus ?

N’y a-t-il pas un sentiment d’idéal lointain qui serait perdu ou égaré et que l’on souhaiterait faire resurgir ? Chacun peut relier les termes « paradis » et « perdus » et créer sa propre histoire entre mémoire et oubli. Paradis perdus est un programme de trois ballets permettant d’offrir une variation sur un même thème.

Y a-t-il une raison particulière pour que ce programme soit donné dans la salle très intimiste de Saint-Pierre-des-Cuisines ?
Chaque saison, en écho aux programmations, les danseurs du Ballet du Capitole interviennent dans le cadre de rencontres et de démonstrations à Saint-Pierre-des-Cuisines. C’est la première fois que le Ballet se déplace dans ce lieu pour une soirée de ballets. C’est le désir et la capacité du Ballet du Capitole à s’adapter, d’investir un lieu chargé d’histoire avec la programmation d’une soirée de ballets. J’ai souhaité aller encore plus loin dans ce lieu avec ceux qui y travaillent. En concertation avec le directeur du Conservatoire de Musique et de Danse de Toulouse, Jean Dekyndt, nous avons mis en place un échange avec ses étudiants, des répétitions à la scène.

Pouvez-vous nous parler brièvement de votre création Mur-Mur sur une partition de Luigi Dallapiccola, les Chants de prison ?
Les Chants de prison sont d’une forte expressivité et d’un grand lyrisme. Ils me sont apparus comme un paysage sonore d’où émergent une plainte et une méditation sur la condition humaine. Le mouvement et le chant intérieur seront révélés par un ensemble uniquement masculin car il existe peu de pièces chorégraphiques avec seulement des garçons. L’espace m’intéresse dans une scénographie de confinement et constitue le lieu de déploiement de corps dociles ou réfractaires. Des parois, qui imposent des manoeuvres d’espaces, dictent leurs commandements aux danseurs, comme une opération mécanique, et témoignent des aptitudes de chacun et du groupe à réagir. Une histoire d’espaces et une histoire de pouvoir. Je m’empare du paysage sonore pour faire résonner des récits de corps d’hommes « détenus ».

Salle des pas perdus est une pièce que vous avez créée en 1997 pour quelques danseurs du Ballet de l’Opéra de Paris. Que raconte-t-elle et la reprendrez-vous telle quelle pour les interprètes du Ballet du Capitole ?
Le ballet raconte l’histoire de quatre personnages qui traversent un espace clos comme une salle des pas perdus. Chacun évoque un bout de lui-même et le partage parfois avec les autres. Des ampoules sont fixées au sol pour mieux cerner et éclairer des intensités de vies. Les pièces pour piano de Serge Prokoviev sont autant de « visions fugitives » qui s’accordent à des bribes de vies. De ce huisclos, les quatre personnages entrent séparément et ressortent ensemble. De la première ampoule qui s’allume jusqu’à la dernière qui s’éteint, ils ne sont que de passage. J’ai toujours une attention particulière pour de nouveaux interprètes et je dois offrir le meilleur confort dans l’appropriation d’une nouvelle danse. Il intervient toujours des changements, sur un danseur ou sur un ensemble, pour créer une belle cohérence.

Vous avez demandé à un jeune chorégraphe espagnol, Angel Rodriguez, de créer un ballet pour votre compagnie. Pourquoi ce choix ?
Son travail m’a séduit et quand je lui ai évoqué un projet de création uniquement pour les filles de ma compagnie, il m’a proposé le sujet des Treize Roses : treize jeunes filles qui, en 1939, à Madrid, ont été fusillées par le régime franquiste. Sans doute apparaîtra la résonance d’un hommage à ces femmes sur une belle partition du compositeur contemporain Gavin Bryars, que j’affectionne tout particulièrement.

Pourquoi avoir fait appel à l’Autrichienne Michaela Buerger qui concevra l’ensemble des costumes de ce programme ?
Michaela Buerger a collaboré de nombreuses fois avec le Théâtre du Capitole en créant des costumes pour l’opéra et la danse. Le fait de se connaître facilite l’échange et le travail. Tout en conservant un fil conducteur, Michaela Buerger doit, pour ce programme de ballets, mener un travail aux trois couleurs distinctes.

Propos recueillis par Carole Teulet

Informations