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29 mars 2016
Paradis perdus


Entretien
Angel Rodriguez, chorégraphe



Thousand of Thoughts est un ballet sur la véritable histoire des Treize Roses. En France, cet épisode du franquisme n’est pas très connu. Pouvez-vous nous en parler ?

Mon but n’est pas de raconter avec précision et détail ce qui s’est passé mais, plutôt, d’évoquer des figures de femmes qui sont au coeur de cette histoire, de ces événements. Je veux souligner la force de ces femmes et les représenter comme des êtres humains pleins de contrastes et dotés de ressources incroyables.
L’histoire des Treize Roses est un énième terrible épisode parmi toutes les horreurs qui ont eu lieu pendant la guerre civile espagnole.
Dans ce contexte précis, les femmes ont été obligées de faire des choses auxquelles, à cette époque en tout cas, elles n’étaient pas destinées. Il leur a fallu être fortes, disposées à donner le meilleur d’elles-mêmes, courageuses, patriotes, intelligentes, avec des caractères bien trempés… des qualités que je recherche pour construire Thousand of Thoughts.

Pourquoi avoir voulu chorégraphier un ballet sur ce sujet ? Un sujet dur, tragique.
La guerre civile a profondément marqué l’Espagne et les Espagnols. C’est une période de notre histoire que j’ai toujours à l’esprit. Je me suis d’abord demandé comment placer les femmes dans une situation dramatique poussée à son extrême limite afin de comprendre le comportement humain, et dans ce cas précis, celui des femmes.
Je me suis souvenu de l’histoire des Treize Roses qui m’a donné envie de parler des femmes, de la manière dont elles provoquent les sensations chez autrui et de leur sensibilité très intériorisée, dépeinte à travers les sentiments.

Pourquoi avoir choisi une partition du compositeur contemporain Gavin Bryars ?
Après avoir écouté beaucoup de musique, ce sont Les Fiançailles de Gavin Bryars qui m’ont transmis tout ce que je voulais trouver dans les femmes de Thousand of Thoughts. C’est une oeuvre qui a du poids. Elle est calme, sereine mais avec intensité, intime et directe à la fois. L’oeuvre est répétée, reprise, comme si elle était jouée deux fois. Elle est composée ainsi. Ces deux parties ont été réunies comme si c’était indispensable, pour donner du poids à l’oeuvre. Cette pièce de Gavin Bryars m’a conduit à la situation de dureté et de force que je voulais donner à voir chez mes interprètes, en insistant sur les émotions comme réaffirmation de l’oeuvre.

Pourriez-vous définir le style de ce ballet ?
En général, mon travail est assez descriptif. Dans ce cas précis, je voudrais qu’il soit plus dans l’abstraction. Un ensemble de sentiments, de sensations à travers la passion féminine.
J’aimerais parvenir à souligner la féminité de ces femmes et à faire que les personnalités de chacune placent le spectateur en réception et établissent une relation extrême entre eux deux, danseuses et public.
D’où le nom de la pièce : Thousand of Thoughts (Des Milliers de pensées), parce que c’est ce que j’aimerais que le spectateur reçoive (des milliers de pensées) et parce que je suis persuadé que c’est ce que les femmes de ce ballet peuvent offrir.
Je qualifierais mon style de poétique, sensitif, émouvant, viscéral… conté du dedans vers le dehors.

Propos recueillis par Carole Teulet