Liens d'évitement



23 octobre 2015
Présences Vocales #2


L’Nfer (un point de détail)

L’Nfer (un point de détail) est né de mon envie de mélanger la voix parlée, narrative, avec de la musique instrumentale. Le texte est un simple récit dont la quotidienneté permet des dérives, des développements imprévisibles. Ceux-ci sont des oeuvres originales, ainsi que quelques pièces empruntées au « rock progressif des années 70 », le tout composant une soirée apparemment légère, libérée de tout diktat moderniste. Il s’agit de renoncer une nouvelle fois au conflit qui oppose une musique légitime et savante à la ritournelle qu’on retient sans y penser, le jingle publicitaire, la dramatique-radio. On trouvera donc dans cet Nfer  : un narrateur, un demi-morceau de Zappa, malmené et finalement recomposé, une chanson de Robert Wyatt (chantée par lui-même), diverses pièces de mon cru - certaines anciennes, comme Hell, (a small detail), d’autres nouvelles, comme Missing, ou Hell on line. En passant, on assistera à la transcription intégrale d’un feuilleton radiophonique chrétien du Nebraska, adapté et présenté ici en français, qui raconte la vie de Linda jusqu’à sa révélation religieuse. Dans le même ordre d’idées, un montage de prêcheurs américains, une petite fille chantonnant « Pirouette Cacahuète ». J’aime imaginer cette soirée comme un recueil de moments musicaux au plaisir immédiat, et assemblés sans direction apparente. Le seul fil, fragile, est le narrateur, qui nous guide dans sa mémoire. L’hétéroclite vitalise : il donne vitesse et projection. Ce qui m’intéresse ici, c’est l’hétéroclite des écoutes : attentives, distanciées, ironiques, à fortes références visuelles (dessins animés, télévision), etc. Je ne donne donc pas les détails ni l’ordre des pièces ; sachez simplement que la soirée trouve son rythme dans une alternance de récits et de pièces (ou chansons). Je considère en effet toutes les oeuvres de ce programme comme une seule. Qu’elles soient de moi, de première ou de seconde main, peu importe, elles font toutes main basse sur des idées communes. Citation, emprunt, réappropriation, superpositions, rencontres impromptues : délice de la dissolution vers l’anonyme, où rien ne se signe, où tout fait signe - l’enfer des puristes, des romantiques et de leurs successeurs modernistes, autrement dit le pop.

François Sarhan

Informations