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17 février 2016
Quid sit musicus ?


PRÉSENCES VOCALES #4

Journée Philippe Leroux

Pour sa 4e proposition de la saison, le cycle Présences vocales nous invite à découvrir la musique et l’univers de Philippe Leroux à travers une journée spéciale. Ancien élève d’Ivo Malec, de Claude Ballif, de Pierre Schaeffer, de Guy Reibel comme d’Olivier Messiaen, Franco Donatoni, Betsy Jolas, Jean-Claude Éloy ou encore Iannis Xenakis, Philippe Leroux est un musicien qui dialogue avec le passé, qu’il « recycle », comme il aime à le dire lui-même.
Cette journée de découverte s’articule en trois moments clés  : à 18h, est organisée une rencontre avec le compositeur, suivie d’une première approche de sa musique grâce à Je brûle, dit-elle un jour à un camarade, composition pour soprano solo sur un texte d’Edmond Jabès qu’interprétera pour l’occasion Raphaële Kennedy (entrée sur présentation du billet du soir uniquement).
À 20h, c’est à la grande fresque Quid sit musicus ? que Philippe Leroux nous convie. Comme il le dit lui-même, Quid sit musicus ? est écrit comme une tresse à trois brins. Le premier brin consiste en différents éléments que Philippe Leroux a construits à l’Ircam. Le deuxième est composé de quatre pièces médiévales : trois oeuvres de Guillaume de Machaut ( 1300-1377), le rondeau Ma fin est mon commencement, la ballade Sanz cuer, et son dernier motet Felix virgo/Inviolata genitrix, ainsi que La harpe de melodie de Jacob de Senleches (fin du XIVe siècle). Ces quatre oeuvres seront jouées telles quelles, in extenso, avec parfois de légers traitements et un travail sur la spatialisation. Elles seront aussi reprises dans la musique même de Philippe Leroux, réintroduites sous forme de parfums ou de fragments. Enfin, le troisième brin présente ses Cinq poèmes de Jean Grosjean, constitués d’abord d’un assemblage de courts extraits de ses oeuvres vocales composées avant les années 2000. Dans ces textes si simples d’apparence, tout en étant d’une grande profondeur, Grosjean (1912-2006) évoque des phénomènes cosmiques à la façon de figures géométriques. Cette façon d’évoquer le mouvement des constellations ou la ligne d’horizon n’est pas sans rappeler les structures isométriques ou les teneurs moyenâgeuses.
À l’issue du concert, la projection du documentaire de l’Ircam (Institut de Recherche et Coordination Acoustique/Musique, Centre Pompidou) « Images d’une oeuvre n°18 : Quid sit musicus  ? de Philippe Leroux » permettra, pour ceux qui le désirent, de prolonger l’expérience musicale (23 minutes environ).

L’oreille augmentée
Avec Quid sit musicus ?, il semble que Philippe Leroux ne nous fasse pas seulement le don d’une page majeure de l’art vocal d’aujourd’hui, mais aussi celui d’une démultiplication de nos sensations auditives, une « oreille augmentée », par allusion au papier augmenté d’un crayon Bluetooth utilisé par le compositeur pour la conception de cette oeuvre. Nous n’aurions peut-être nul besoin d’une telle oreille si nous vivions dans un paysage musical homogène, sans passé ni « ailleurs ». Mais, aujourd’hui, compositeurs et auditeurs partagent la même possibilité de parcourir en tous sens l’histoire et la géographie musicale, et celle de côtoyer des sons de toute nature, acoustiques ou électroniques. Formé à l’électroacoustique (Pierre Schaeffer), à la composition instrumentale (Ivo Malec) et à l’analyse musicale (Claude Ballif) au Conservatoire de Paris, tout autant qu’au chant grégorien, Philippe Leroux fonde son art sur le déploiement d’une telle richesse référentielle. Il sera à cet égard passionnant, dans la rencontre précédant le concert, de découvrir comment une oeuvre pour soprano solo sur un texte d’Edmond Jabès : Je brûle, dit-elle un jour à un camarade, composée il y a plus de vingt ans, constitue la matrice d’une pensée créatrice qui puise autant dans les ressources – recyclées – de la neumatique grégorienne ou byzantine, que dans celles de la musique spectrale ou de l’électroacoustique, et dont la trajectoire vaut aujourd’hui à ce compositeur une reconnaissance planétaire.