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10 janvier 2017
L’Enlèvement au sérail


Portrait
Franz Josef Selig, basse (Osmin)

Il s’en est fallu de peu que l’une des plus grandes basses wagnériennes de notre temps ne se cantonne à la musique religieuse. Organiste et chef de choeur dans une église, le jeune Franz Josef trouve là matière à satisfaire ses penchants musicaux. Mais à l’écouter chanter, ses proches vont finir par le convaincre d’aller jeter une oreille dans un lieu qui lui est parfaitement étranger, celui de l’opéra. Lui qui ne connaît de l’art lyrique que le répertoire baroque, découvre en 1986, à 24 ans, l’opéra romantique. Et rien moins que Tristan et Isolde, et de plus, à Bayreuth. Entendre Matti Salminen dans Marke est, pour Franz Josef, une sorte de révélation. Même s’il pense, dans un premier temps, ne jamais arriver à des exploits pareils, il va se cramponner à ce changement de cap. Trois ans après il débute dans Le Roi d’Aïda. Les grands Wagner l’attendent au tournant avec impatience et dès ses 29 ans, Fafner lui ouvre les portes de son futur répertoire. Franz Josef va les franchir avec beaucoup d’application, conscient de la dangerosité d’un métier dans lequel le mot le plus important est NON, quel que soit l’âge du chanteur. Celui qui est aujourd’hui indispensable dans sa tessiture à toutes les grandes scènes lyriques de ce monde, mène une carrière exemplaire, sachant alterner des récitals de mélodies avec les représentations d’opéra, pour des raisons de goût mais aussi de santé vocale. Cet homme, que vous ne croiserez jamais dans un métro (il en a horreur), adore se promener en ville, visiter des musées, flâner dans son jardin, revenir à ses premières amours et donc jouer de l’orgue dès qu’il en a le temps. S’il se considère comme son meilleur critique, Franz Josef Selig regrette cependant que la presse spécialisée fasse de moins en moins cas des chanteurs dans leurs comptes-rendus… Pour l’heure, alors que Bayreuth l’a, enfin, accueilli en 2012, cet admirable artiste revient au Capitole pour la seconde fois, après Daphné de Richard Strauss en 2014. Heureux Toulousains !

Robert Pénavayre