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26 août 2016
Le Corsaire


Entretien
David Coleman, chef d’orchestre

Vous dirigez toutes sortes d’ouvrages musicaux mais vous vous êtes tout de même spécialisé dans les ouvrages chorégraphiques, notamment les grands ballets du répertoire. Quelles sont les spécificités de la conduite musicale des ballets et les qualités requises pour cela ?
Sont-elles différentes de celles demandées pour diriger un opéra ou un orchestre seul ?

Les spécificités de la direction musicale d’un ballet ne peuvent s’apprendre et se comprendre que par la seule expérience. Pour ma part, j’ai passé de nombreuses années à travailler avec de grands chorégraphes et danseurs pour trouver un moyen de bien diriger la danse. L’approche en est très personnelle et la mienne m’est tout à fait spécifique. Je ne partage pas l’opinion selon laquelle un genre est plus important qu’un autre et cela me conduit à rechercher la façon la plus claire pour exprimer chaque oeuvre dans son contexte. J’aime aussi beaucoup diriger au théâtre où les éléments dramatiques sont aussi importants que les éléments purement musicaux. On pourrait dire que le compromis est nécessaire, mais j’opte pour celui qui est un état désirable et non pas pour celui qu’il faut subir. Lorsque des forces puissantes se rejoignent, le résultat est toujours plus grand que celui des parties individuelles.

Le directeur musical d’un spectacle de ballet dirige toujours deux partitions, l’une musicale, l’autre chorégraphique. Comment cela se passe-t-il ?
Pour ma part, il me serait impossible de diriger des partitions de ballets sans connaître le vocabulaire chorégraphique. Lorsque je dois diriger un ballet, c’est toujours par la danse que je commence. J’apprends tout d’abord la chorégraphie, habituellement dans un studio de répétition, après avoir mémorisé la musique. Lorsqu’il s’agit d’une oeuvre connue que j’ai déjà dirigée, c’est plutôt le contexte dramatique qui m’intéresse lors des répétitions.
S’il s’agit de nouvelles oeuvres, la réussite ne peut venir que d’une étroite collaboration entre le chorégraphe et le chef d’orchestre. Seule une préparation très complète de l’oeuvre me permet ensuite de donner une impulsion dramatique à cette oeuvre pendant le spectacle, tout en tenant compte de la personnalité des interprètes et de leurs capacités physiques. Chaque représentation est différente et je me sens autant responsable de la musique que des danseurs, tout en respectant le travail du chorégraphe. L’équilibre entre musique et chorégraphie est très complexe.

Je suppose donc que pour Le Corsaire de Kader Belarbi, vous avez également appris la chorégraphie ?
Encore une fois, je considère comme indispensable de connaître la chorégraphie avant de diriger un nouveau ballet afin que mon interprétation de la musique lui soit tout à fait appropriée. En outre, je m’aide également de la production, des décors, des costumes… qui prennent de plus en plus d’importance au fur et à mesure que l’oeuvre se crée. Bien entendu, des recherches historiques sur l’ouvrage me permettent de le préparer dans toute sa complexité.

Adolphe Adam signe la plus grande partie des morceaux de cette version du Corsaire par Kader Belarbi, même s’il est accompagné d’Anton Arenski, d’Edouard Lalo, de Jules Massenet et de Jean Sibelius. Vous-même avez participé à l’écriture de cette partition. Quelle est votre contribution ?
Dans un premier temps, il m’a fallu déchiffrer la partition existante puis en discuter avec le chorégraphe et enfin, composer une nouvelle partition qui suive le fil dramatique du Corsaire, selon Kader Belarbi. J’ai, par exemple, modifié l’instrumentation originale mais ai aussi composé de nouveaux morceaux. En pratique, cela signifie écrire une nouvelle partition. Certains morceaux utilisent des motifs déjà existants, d’autres sont des compositions inédites là où il n’y avait pas de musique adéquate. Dans d’autres cas, la musique originale a été conservée. Les choix artistiques ont été faits en concertation avec le chorégraphe Kader Belarbi, avant que mon travail ne commence. Ma responsabilité est de créer une partition qui donne vie à toutes ses idées. Kader et moi-même avons une formidable complicité d’esprit, ce qui rend notre collaboration exaltante et enrichissante.


Propos recueillis par Carole Teulet et Robert Pénavayre