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31 juillet 2017
Entretien

Meagan Miller, soprano (Marta)

Meagan Miller vous êtes particulièrement connue pour chanter Strauss et Wagner. Quels sont les rôles qui ont marqué votre carrière ?
Oui, les héroïnes de Strauss et de Wagner ont été précieuses dans mon parcours de chanteuse, leur idéalisme me plaît et je cherche toujours à en révéler leur beauté d’âme. Certains rôles ont été très importants pour moi, notamment Ariane, Daphné et l’Impératrice (La Femme sans ombre) du coté de Strauss, et Sieglinde (La Walkyrie) et Senta (Le Vaisseau fantôme) chez Wagner. Mais certains autres rôles ont aussi été des points de repère dans ma carrière. Je pense à Minnie (La Fille du Far-West, Puccini) ou encore Marie (La Ville morte, Korngold), deux rôles très stimulants et qui représentent un véritable défi scénique.

Pour ouvrir la saison lyrique du Capitole de Toulouse vous serez Marta dans Tiefland d’Eugen d’Albert. Selon vous, existe-t-il des affinités stylistiques entre ce compositeur encore méconnu et ses homologues germaniques ?
Il est certain qu’il existe des similitudes stylistiques entre d’Albert et les compositeurs allemands de son époque. Mais d’Albert était aussi un homme de l’Europe entière, qui a connu différentes phases dans sa carrière et qui se nourrissait de tout ce qui se présentait à lui. Il était également un pianiste accompli et ses interprétations publiques étaient vivement saluées. Mais un élément clé nous permet de répondre : d’Albert reconnaissait que sa première audition de Tristan et Isolde avait été l’une des expériences les plus marquantes de sa vie. Certes l’utilisation des leitmotive par d’Albert découle alors tout naturellement de Wagner, mais il y a aussi chez lui toute l’empreinte du vérisme italien et également cette couleur slave de sa musique. Pour ma part, je perçois aussi les affinités avec Beethoven dans certains motifs rythmiques utilisés pour créer des climax. Selon moi, d’Albert regroupe différentes influences et c’est ce qui rend sa musique touchante et aussi parlante.

Marta, maîtresse du riche propriétaire Sebastiano, tombe amoureuse de Pedro et décide de se révolter. Comment envisagez-vous le personnage, sa psychologie et la manière de le jouer ?
Je suis particulièrement chanceuse, car le livret de Tiefland contient bon nombre d’informations sur Marta qui est née dans le malheur et qui sera désabusée par la société. Elle explique à Tommaso toute son enfance et son chemin jusqu’à la captivité. Et son histoire continue d’être discutée même lorsqu’elle est hors-scène. Marta est d’abord la maîtresse de Sebastiano, elle cherche à survivre dans ce monde de la meilleure façon possible. Pour sa beauté et ses talents de danseuse, elle est alors achetée, vendue, objet de désir et de convoitises. Elle n’a que 13 ans lorsqu’elle devient la captive de Sebastiano. Mais au-delà du texte, le plus grand indice reste la musique. d’Albert offre à Marta son propre monde sonore fait d’agitation et d’inquiétude, tout en peignant un cœur sincère, en proie à l’amour et à l’idéalisme. La joie avec laquelle elle décrit son amour pour Pedro est particulièrement touchante et pure, et ravive une part d’espoir perdu depuis sa jeunesse. Mais même avec tant d’informations, de nombreuses questions restent sans réponses et soulèvent notre propre interprétation. On peut alors se demander si son regard sur le monde reste amer, si elle reste privée d’émotions. Est-elle encore capable de ressentir de la tristesse ? Est-elle passive, résignée, ou cherche-t-elle encore une issue ? Peut-elle encore réellement aimer ? A-t-elle jamais aimé ou admiré Sebastiano, son bourreau ? Veut-elle encore vivre, ou seulement mourir ? A-telle encore le pouvoir de changer les choses et surtout le désire-t-elle ? Car elle semble s’ouvrir à Pedro seulement après l’avoir blessé. Quelle est alors pour elle l’importance de cet amour gratuit que lui offre Pedro ? Serait-elle aussi forte sans lui ? Plus je continue à étudier Marta, plus je pose de nouvelles questions. Et j’espère m’en poser aussi longtemps que je jouerai le rôle, tout en me disant que les équipes, le metteur en scène, les collègues chanteurs avec lesquels je travaillerai apporteront eux aussi de nouvelles réponses.
Tiefland est une oeuvre quasi absente des scènes lyriques. À ce titre, le défi est-il plus stimulant pour vous de participer - si ce n’est à son exhumation - à sa redécouverte ?
Oui ! J’adore cette idée de « faire date » quand on s’attaque à une oeuvre méconnue. D’autant que nous pouvons trouver en notre époque une résonnance très forte avec Tiefland et qui devrait parler au public d’aujourd’hui. Et puis, il existe une certaine liberté dans l’exécution d’une oeuvre qui ne possède pas encore de tradition rigide et d’attentes précisément fixées. Je pense que le public est prêt à recevoir ce que nous allons proposer de neuf avec Tiefland.Oui ! J’adore cette idée de « faire date » quand on s’attaque à une oeuvre méconnue. D’autant que nous pouvons trouver en notre époque une résonnance très forte avec Tiefland et qui devrait parler au public d’aujourd’hui. Et puis, il existe une certaine liberté dans l’exécution d’une oeuvre qui ne possède pas encore de tradition rigide et d’attentes précisément fixées. Je pense que le public est prêt à recevoir ce que nous allons proposer de neuf avec Tiefland.

Après Tiefland au Théâtre du Capitole, pouvez-vous nous confier vos futurs projets ?
Après Tiefland, je ferais mes débuts en Elsa dans une nouvelle production de Lohengrin de Wagner à la Monnaie de Bruxelles et je retrouverais Sieglinde à l’Opéra de Leipzig. Les saisons futures doivent rester plus mystérieuses pour l’instant, mais incluront mes débuts en tant qu’Isolde et plus d’héroïnes de Richard Strauss.


Propos recueillis par Jonathan Parisi

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