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11 octobre 2017
Entretien avec Kader Belarbi

Entretien avec Kader Belarbi

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur votre version de Giselle ?

Giselle est l’un des ballets les plus dansés au monde. C’est le chef-d’oeuvre du ballet romantique. C’est l’un de mes ballets fétiches et j’ai eu le plaisir d’interpréter de nombreuses versions classiques ainsi que la relecture de Mats Ek. Aujourd’hui, un Ballet d’envergure se doit d’avoir à son répertoire un Giselle de belle facture. Pour cela, il doit, entre autres, être doté d’un Corps de ballet féminin de qualité. C’est ce que je tente de mettre en oeuvre au sein du Ballet du Capitole. Cette production de Giselle, je l’ai inscrite au répertoire du Ballet du Capitole à travers ce qui m’a été transmis par les chemins de la tradition de l’école française, en étant fidèle à l’esprit et à la lettre. Pour cela, je me suis replongé dans les écrits de Théophile Gautier, dans les sources musicales d’Adolphe Adam et dans le contexte de l’oeuvre, depuis sa création en 1841 jusqu’à nos jours. La question de la mémoire, de l’interprétation et de la transmission se pose toujours pour parvenir à un juste sens. Avec un grand intérêt, je suis allé à la Bibliothèque-Musée de l’Opéra de Paris pour faire mes propres recherches. J’ai été subjugué par tous ces artistes qui ont donné une pâte à ces nombreux Giselle. Pierre Vidal, directeur de la Bibliothèque-Musée et son adjoint Mathias Auclair ont eu la gentillesse et la grande générosité de m’ouvrir les portes de cette mémoire gigantesque. Et c’est avec émotion que j’ai lu et vu des trésors historiques. Au cours de ces recherches, je me suis fabriqué une forme d’inventaire sur les indications de l’action, de la pantomime, de la musique originale, de la description des costumes, des accessoires et des éléments de décors, dans l’esprit de l’époque et de l’ouvrage. Mais il ne s’agit nullement d’une reconstitution, car l’écueil à éviter est le ballet-pièce de musée. Il me paraît essentiel de respecter les ouvrages du passé en formulant une transmission, une tradition qui se perpétue. J’ai souhaité que mon Giselle soit vivant et actuel, qu’il s’inscrive dans le regard et le désir d’aujourd’hui.

En quoi votre lecture de l’oeuvre est-elle différente de ce qui a déjà été fait ?

Je ne cherche pas l’originalité. Je trouve le sens et une justesse de ton après avoir rassemblé en moi tout ce qui correspond à un héritage et à une projection personnelle. Je crée une nouvelle version avec mes propres mots. Dans le 1er acte, je fais des paysans initiaux des vignerons et j’enracine les danses populaires. Pour cela, j’ai ré-agencé la musique d’Adolphe Adam afin de créer une dramaturgie musicale correspondante à cet univers. Comme il se doit dans les grands ballets, les conditions sociales des protagonistes sont très contrastées. En opposition aux vignerons, la seigneurie est plus dansante, interrompant une chasse au vol pour faire une halte dans la clairière. Pour accentuer la dualité entre monde terrestre et monde immatériel, le ballet blanc du deuxième acte retrouve une plus grande élévation. J’apporte un soin particulier à la virtuosité technique et à la qualité des pointes des Wilis, vaporeuses « Filles de l’air » comme disait Théophile Gautier. Le thème romantique de l’amour plus fort que la mort est évidemment ici pleinement à l’oeuvre. Plus que dans tout autre ballet, dans Giselle, le mouvement se transforme en langage de l’âme.

Pourquoi avoir choisi Thierry Bosquet, Olivier Bériot et Sylvain Chevallot pour concevoir les décors, les costumes et les lumières de cette production ?

Thierry Bosquet travaille pour l’opéra, la danse et le théâtre et réalise des décors et des costumes dans la plupart des théâtres et opéras du monde entier. Amoureux de l’art baroque et de l’art gothique flamboyant, il se consacre également à des projets de décoration au travers de nombreuses peintures murales pour des châteaux ou des hôtels particuliers. Il est avant tout un somptueux peintre raffiné qui a su créer une scénographie pour Giselle, composée principalement de toiles peintes représentant une forêt automnale au 1er acte et une forêt lunaire au 2e acte. Son sens du beau, sa sensibilité et sa finesse d’esprit éclairent tous les aspects rêvés de Giselle. Quant à Olivier Bériot et à Sylvain Chevallot, ce sont deux fidèles complices avec qui j’ai conçu plusieurs ballets. Olivier Bériot est créateur de costumes pour le cinéma, la danse et le théâtre. La principale direction de travail que je lui ai indiquée a été de s’inspirer de l’univers de Pieter Brueghel l’ancien. Ses tableaux représentent la vie populaire et le peintre nous montre des paysans tels qu’ils sont dans leurs activités et leurs divertissements. À travers des scènes pittoresques, la facture des costumes d’époque transparaît et les couleurs résonnent. Ces tableaux traités avec réalisme et perspicacité sont un parfait témoignage et une grande source d’inspiration. En contraste, nous voulions une épure pour l’univers du 2e acte. Sylvain Chevallot travaille pour le théâtre, la danse, le cirque et la marionnette. Sous son regard, la forêt devient un support pour le traitement des lumières et apparaît comme l’espace frontalier entre deux mondes. Il les a traitées sur le mode de l’ambivalence où les ambiances scéniques resplendissent de couleur locale et s’opposent au mystère de la forêt, propice au surnaturel.

Propos recueillis par Carole Teulet

Informations

En raison du Marathon de Toulouse, ce dimanche 22 octobre, nous tenons à vous informer que l’accès au centre-ville et à la place du Capitole sera réduit.
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