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17 novembre 2017
Giselle - Entrevue avec Julie Charlet et Natalia de Froberville


Julie Charlet et Natalia de Froberville Premières Solistes au Ballet du Capitole, reviennent pour nous sur Giselle, rôle incontournable du ballet romantique qu’elles ont interprété dans la version revisitée de Kader Belarbi. 



Julie Charlet, Première Soliste, à propos de Giselle

Personnellement, j’ai toujours préféré les ballets narratifs qui racontent une histoire aux œuvres plus abstraites car ce qui m’intéresse dans la danse, c’est d’entrer dans la peau d’un personnage. Avec Giselle, on vit une histoire d’amour universelle. Entre la version traditionnelle, revue par Yoko Ichino, que j’ai dansée lorsque j’étais soliste au Northen Ballet Theatre (Leeds, Angleterre) et celle de Kader Belarbi qui m’a permis d’être « coachée » par la grande Monique Loudières, qui a été une Giselle de légende, j’ai eu une approche très complète du rôle de Giselle, à la fois dramatique, stylistique et esthétique. C’est vraiment le style romantique, qui est très codé, qui fait l’histoire à l’acte II donc, sans l’acquisition de ce style, il ne peut pas y avoir de Giselle convaincante. Pour être totalement convaincante, il faut aussi ressentir le rôle. Giselle, au 1er acte, est une jeune paysanne innocente, pure, spontanée, primesautière, bienveillante qui n’a même pas conscience que le mal puisse exister. Aussi, lorsqu’elle comprend qu’Albrecht/Loys l’a trahie, elle ne peut que sombrer dans la folie.
Albrecht est purifié par cette histoire alors que Giselle, elle, y découvre le mal que les humains peuvent faire.
Mon rôle, en tant que ballerine, est d’incarner un personnage qui soit à la fois intemporel et actuel, moderne. Je dois en faire un personnage d’aujourd’hui, avec mon vécu, mes expériences, ma personnalité, l’ancrer dans le réel afin que le public s’y reconnaisse. Si je fais de Giselle, un être froid et distant sur son piédestal, le public n’aura aucune empathie pour elle, il ne s’y identifiera pas et ne s’y intéressera pas.

Natalia de Froberville, Première Soliste, à propos de Giselle

Avant d’être engagée au Ballet du Capitole, j’étais Soliste au Ballet de Perm en Russie où j’ai dansé, à plusieurs reprises, la version classique russe de Giselle, celle qui nous a été transmise par Marius Petipa. C’est une version différente de celle de Kader Belarbi même si Kader s’inspire aussi du travail de Jules Perrot et de Jean Coralli, les créateurs de l’œuvre en 1841.
La plus grande difficulté avec le personnage de Giselle, c’est qu’il a été et qu’il est encore tellement dansé, qu’il est très difficile d’y apporter une touche personnelle, originale. On a l’impression que tout a déjà été fait, exprimé.
En ce sens, danser la version de Kader m’a beaucoup aidée car il voyait le rôle différemment. Sa Giselle n’a pas de problèmes cardiaques ; elle est en pleine santé. Ce qu’elle veut, c’est aimer et être aimée. Elle ne vit que pour l’amour. C’est ce qui l’anime. C’est sa plus grande force mais aussi sa plus grande fragilité : lorsque qu’elle va comprendre qu’Albrecht l’a trahie, c’est comme si elle recevait un coup de poignard en plein cœur. A partir de là, tout est détruit en elle : ses sentiments, son esprit, son être… et elle sombre dans la folie. Dans l’acte II, la difficulté consiste à sembler incorporelle, immatérielle, spirituelle tout en possédant un corps. Le langage romantique de la chorégraphie nous y aide beaucoup : l’utilisation des pointes, les sauts, les arabesques, les portés dans le Grand Pas de deux… tout cela exacerbe cette impression d’évanescence et de créature éthérée. Le costume aussi, le long tutu de mousseline, nous aide à trouver le personnage et à paraître une « âme dansante ».
Personnellement, je trouve que ce ballet est une œuvre de génie car elle contient tout : le plus grand bonheur et la plus profonde tristesse, le jour et la nuit, le soleil et la lune… Je prends toujours un plaisir immense à le danser. C’est pour moi un moment magique que d’être sur scène pour danser Giselle.

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