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31 juillet 2017
Entretien

Walter Sutcliffe, vous revenez au Capitole après la double production d’Owen Wingrave et Le Tour d’écrou, qui avait marqué notre saison 2014/15. Quels ont été, depuis, les temps forts de votre activité créative ?
Il y en a eu beaucoup ! En 2015, j’ai découvert ce fantastique Orontea de Cesti que j’ai mis en scène pour l’Opéra de Francfort. Je n’aurai jamais pensé que cela puisse être aussi drôle et aussi « sexy » que ça ! J’ai également été très heureux de ma première rencontre avec Zemlinsky, son opéra Der Zwerg (Le Nain) est une véritable explosion d’énergie. Aussi, j’ai été très heureux de poursuivre mon travail sur l’opérette avec La Chauve-Souris et Zar und Zimmermann (Le Tsar et le charpentier) D’Albert Lortzing. Enfin, je suis très fier de ma récente Manon Lescaut au Théâtre d’Osnabrück (Allemagne) et j’ai finalement eu la chance d’être nommé directeur artistique du Northern Ireland Opera, ce qui m’offre la possibilité de nombreux nouveaux projets.



Dans cette ère de l’opéra que l’on appelle souvent « ère des metteurs en scène », comment définiriez-vous votre approche de la mise en scène ? Peux-t-on parler d’une esthétique précise, d’un style ou d’une école dont vous vous réclamez ?
Je pense que mon travail est assez simple. Ce qui m’intéresse c’est de proposer des spectacles authentiques, sincères. En tant que metteur en scène, mon travail consiste à insuffler à toute équipe l’énergie nécessaire pour atteindre cet objectif. Si le spectacle qui en résulte semble sincère, alors j’estime que ma mission est remplie.

Véritable rareté en France, Tiefland est une oeuvre que le public toulousain s’apprête à découvrir. Quels sont pour vous les atouts de l’oeuvre ? Quels ingrédients ont pu susciter votre intérêt et vous donner envie de la mettre en scène ?
Tiefland est une oeuvre merveilleuse qui, comme beaucoup d’autres, mérite une reconnaissance beaucoup plus grande que sa notoriété actuelle. Cette oeuvre fait preuve d’un saisissant réalisme psychologique, dans le style et la tradition des drames d’Ibsen. Les situations vécues par les personnages sont très marquantes et d’un impact immédiat, et s’expriment à travers une musique d’une puissance inouïe. Je suis ravi que le public du Capitole puisse découvrir une telle oeuvre !

L’action de Tiefland est notamment centrée sur le couple Pedro/Marta qui, réunis dans l’amour, entreprennent de se révolter. Pouvez-vous nous en parler ?
Je dirais en fait que c’est l’histoire de trois personnages : Sebastiano, Marta et Pedro. Marta est prise au piège d’une relation de contrôle par Sebastiano qui essaie de maîtriser tout ce qui l’entoure. Il introduit alors Pedro dans ce vaste plan pour mieux maintenir sa domination, ignorant qu’un personnage d’une telle force de caractère puisse devenir le catalyseur d’un profond bouleversement. Marta va alors entrevoir en Pedro la possibilité d’un monde différent qui renverserait cet ordre établi.

Acceptez-vous de nous ouvrir les portes du laboratoire du metteur en scène, en nous expliquant comment vous avez travaillé ? D’abord en lisant le livret ? En écoutant la musique ? Comment le projet scénique a-t-il germé ?
Je n’ai pas de méthode précise pour préparer une production, mais la chose la plus importante pour moi est de chercher à découvrir le moteur principal qui conduit la pièce. Pour cela, bien sûr, j’étudie la partition et le livret et je lis la source première dont l’oeuvre est parfois adaptée pour également comprendre les choix opérés par le compositeur et le librettiste. Quand j’ai quelques idées qui émergent, notamment à propos de ce qui motive les personnages, alors je passe quelques jours avec les membres de l’équipe de conception pour établir l’univers visuel du spectacle. Dans le cas de Tiefland j’ai très vite perçu qu’il s’agissait d’un opéra sur nos tentatives de contrôler le monde dans lequel nous vivons et la façon dont la nature et les hommes peuvent résister à ce contrôle. Comme il m’est important de concevoir un environnement qui communique mes idées sur l’essence même de la pièce, alors le résultat, pour Tiefland, a été quelque chose de naturaliste, même si ce n’est pas toujours le cas dans mon travail. Je cherche alors le décor propice, puis je m’intéresse aux costumes. Et j’apprécie toujours de pouvoir prendre du temps avec le chef d’orchestre pour partager ses connaissances sur l’oeuvre. Ensuite, avec les chanteurs, je crois que la chose la plus importante est d’identifier le problème auquel se trouve confronté le personnage, et la manière de résoudre ce problème. Une fois que nous avons une idée de ce voyage global, nous prenons chaque scène pour déterminer à chaque intervention vocale une intention de jeu. Je crois que si nous comprenons ce que le personnage cherche à atteindre, cela permet de faire de nombreux choix capables d’enrichir chaque ligne chantée et développer l’action scénique. Enfin, j’aime à penser que si une phrase est bien chantée, elle est également bien ressentie et bien jouée.

Pouvez-vous nous parler des aspects visuels du spectacle ? Quelles ambiances avez-vous souhaité pour la scénographie, les costumes, les lumières ?
Je vois Tiefland comme une oeuvre fondamentalement naturaliste, et le décor et les costumes reflèteront cela. Cependant, ils ont aussi une valeur symbolique. Notre proposition jouera avec cette tension entre notre désir de contrôler la nature par les technologies et la façon dont la nature s’y soustrait. Nous avons été assez influencés par Stalker, le film d’Andreï Tarkovski, lors de nos réflexions sur l’oeuvre. Les personnages ont beaucoup de choses en commun avec ceux que nous rencontrons par exemple dans les films d’Almodovar. Ce mélange de l’expressionnisme nord-européen et d’une esthétique espagnole moderne me semble assez bien refléter la pièce, car elle est basée sur un drame espagnol auquel D’Albert ajoute sa propre tradition musicale nord-européenne.


Comme tout artiste du spectacle vivant, vous devez aussi être un spectateur. Quand vous assistez à un opéra, où se porte votre attention et quelle serait pour vous la recette d’un spectacle réussi ?
Comme tout artiste du spectacle vivant, vous devez aussi être un spectateur. Quand vous assistez à un opéra, où se porte votre attention et quelle serait pour vous la recette d’un spectacle réussi ?

Propos recueillis par Jonathan Parisi

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