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Théâtre du Capitole

Jean-Philippe Rameau



Rameau, peinture à l’huile de Jacques André Camelot Aved (1702-66) Musée des Beaux-Arts, Dijon©Bridgeman Images

Jean-Philippe Rameau (1683-1764)
Mathématique du sensuel


Peu de musiciens français du XVIIIe siècle peuvent prétendre à la célébrité que connut – et connaît aujourd’hui encore – Jean-Philippe Rameau. Pourtant, ses débuts furent tout sauf éclatants. Fils d’un organiste dijonnais, il suit les traces paternelles et devient lui-même un excellent organiste, allant exercer son talent de ville en ville, selon les besoins. Théoricien hors pair, il poursuit et développe les travaux de Descartes pour élaborer un système qui rendrait compte de manière simple et cohérente de l’harmonie musicale. C’est d’ailleurs la publication de son Traité de l’harmonie réduite à ses principes naturels, en 1722, qui soudain modifie toute son existence.

Un musicien savant
« Monté » à Paris pour y défendre ses idées, Rameau s’attire rapidement autant d’ennemis que d’admirateurs. Il est vrai que son caractère fort – que raillera plus tard Diderot dans le célèbre Neveu de Rameau – n’arrange rien. Tout sauf diplomate, Rameau est en outre trop sûr du bien fondé de ses théories pour s’embarrasser de l’urbanité que l’on croit connaturelle à son siècle. Quatre ans plus tard, en 1726, il récidive avec un Nouveau Système de musique théorique, suivi en 1737 d’une Génération harmonique. Chaque fois, une nouvelle querelle naît – avec Montéclair la première fois, avec Castel la seconde. En 1750 enfin, son influence est telle que Diderot lui-même l’invite à publier une Démonstration du principe de l’harmonie dont l’importance est si grande que d’Alembert cherchera à en assurer une diffusion plus large grâce à ses Éléments de musique théorique. Une telle obstination à conceptualiser la musique trouve heureusement une expression musicale à sa hauteur. En effet, Rameau qui, à quarante ans, n’a quasiment rien composé, pas même pour son instrument, l’orgue, ne cessera dès lors de produire – pour le clavier, pour la scène – des ouvrages qui mettent en pratique ses théories.

L’éclosion des chefs-d’oeuvre
Si ses trois Livres de pièces pour clavecin (1706, 1724 et 1728) marquent les étapes d’une maturation musicale extraordinaire, si ses différents Motets (années 1710 et début 1720) laissent entrevoir quel genre de génie est enfin prêt à éclore, ce n’est toutefois qu’avec la tragédie lyrique que Rameau se fait enfin connaître du plus large public. Rappelons qu’Hippolyte et Aricie, sa première tragédie lyrique, voit le jour en 1733. Rameau a alors 50 ans – si Mozart, Schubert, Bellini ou Chopin avaient eux aussi attendu cet âge pour composer leurs chefs-d’œuvre, leurs noms mêmes ne nous seraient pas parvenus… Le succès d’Hippolyte et Aricie déclenche une première querelle entre lullystes et ramistes. Certes, Rameau semble prendre des libertés avec le modèle imposé par son prestigieux prédécesseur Lully, mais il lui reste fidèle dans l’esprit et il nous paraît aujourd’hui assez étrange qu’on ait pu taxer Rameau d’italianisme – lui qui, lorsqu’il entreprit dans sa jeunesse d’aller en Italie frotter son goût à l’aune des productions de la péninsule, ne poussa pas plus loin que Milan (et encore garant de l’art français : c’est la fameuse Querelle des Bouffons, qui oppose désormais son art à celui des nouveaux compositeurs italiens, La Servante maîtresse de Pergolèse (1733) déboulant sur la scène parisienne en 1752 comme un coup de tonnerre. Rameau qui passait pour un odieux révolutionnaire quinze ans plus tôt, devient le symbole de la tradition française la plus pure. De fait, il ne cesse de reprendre et de retravailler en le développant l’héritage de Lully, faisant alterner monologues, arias, danses, chœurs et symphonies, le tout organisé autour de l’idée fondamentale que le texte doit primer, et non la voix. Castor et Pollux (1737) et Dardanus (1739) le voient approfondir son art de manière vertigineuse : les audaces harmoniques, toujours justifiées par les situations, par la volonté d’illustrer un mot, un sentiment, l’étourdissante inventivité mélodique, font de Rameau un prodigieux novateur. Il se permet en outre de supprimer de ses ouvrages le prologue, habituel passage obligé où l’allégorie mythologique rend hommage au souverain – bien souvent sans rapport avec le sujet de l’ouvrage à suivre… Sa deuxième mouture de Castor et Pollux profite de cet abandon du prologue pour resserrer l’action sur le drame seul, ce que fait également Zoroastre (1749, version révisée : 1756). Mais Rameau savait aussi cultiver la veine comique : ses Indes galantes (1735) et Platée (1745) portent la comédie au même niveau d’exigence et de perfection. On ne peut que regretter que Les Boréades aient dû subir un purgatoire de quelque deux cents ans. Composée par un Rameau désormais octogénaire, cette ultime tragédie en musique ne vit pas le jour car le compositeur mourut lors des répétitions, et il semblerait que des cabales aient alors eu raison de la partition. Il avait pourtant écrit là l’une des musiques les plus géniales du siècle, inventive, malicieuse, tendre, puissante, toujours originale et d’une étonnante audace.

L’esprit et le coeur
On pourrait appliquer à chacun de ses ouvrages le mot de Campra, qui disait qu’il y avait dans Hippolyte et Aricie assez de musique pour faire dix opéras. Chez Rameau, on l’aura compris, le théoricien n’aura jamais laissé la mathématique harmonique prendre le pas sur l’affect et le sensuel. Dans sa musique, l’invention, la richesse de l’imaginaire, cachent toujours « l’art par l’art même », pour reprendre l’expression consacrée. De fait, on aurait pu croire que tant de conceptualisation aurait nui à la qualité musicale de ses œuvres. Il n’en fut rien, bien au contraire. Sans doute sa passion pour le théâtre, sa volonté de trouver chaque fois des musiques en situation, capables de susciter les émotions justes en lien avec le livret pour les tragédies lyriques, ou correspondant au titre pour les pièces instrumentales, auront permis à Rameau de ne jamais tomber dans le piège de la cérébralité et de la sécheresse de l’abstraction. Il n’est, pour s’en convaincre, que d’écouter l’air de Télaïre « Tristes apprêts, pâles flambeaux », déjà célèbre en son temps et resté connu alors même que la musique du XVIIIe siècle était oubliée voire méprisée, ou bien encore le chœur « Que tout gémisse » – justement repris pour ses propres obsèques.

Jean-Jacques Groleau

Informations

Fermeture exceptionnelle de la billetterie le 28/06/2018 de 13h à 16h30. Réouverture de 16h30 à 17h45.

Le Théâtre du Capitole recrute :

- Des danseurs et des danseuses (Solistes et Corps de ballet)

- Un tenor 1